Luc Frieden veut clore l’affaire Mischo en remaniant son gouvernement. Mais son récit pour justifier le départ de son ministre peine à convaincre et cache un enchaînement de pressions politiques. Cette narrative ne permettera guère à la coalition de se libérer du bourbier. Analyse.

Tout peut basculer en un instant. Il n’y a pas si longtemps, le gouvernement CSV-DP prétendait encore que tout allait pour le mieux. Le Premier ministre disser­tait sur les aléas de la démocratie et louait son équipe, dynamique et soudée. Cette semaine, c’est Georges Mischo — un ministre affaibli depuis des semaines et désormais devenu totalement indéfendable sur le plan politique — qui doit quitter ses fonctions.

Bien que Georges Mischo se soit rendu vulnérable en tant que ministre du Travail, ce n’est que l’affaire encombrante du musée du sport qui a fait pencher la balance. Alors que l’examen parlementaire du dossier ne portait encore que sur un soupçon diffus visant le ministre du CSV, les révélations de Reporter.lu concernant l’accord délicat entre Georges Mischo et le promoteur immobilier «IKO» ont finalement mis l’ensemble du gouvernement dans l’embarras.

Lors d’une «déclaration à la presse» convoquée à la va-vite, le Premier ministre Luc Frieden (CSV) a finalement annoncé lundi matin la «démission» de Georges Mischo de son poste de ministre. Le terme «démission» a été martelé à plusieurs reprises. Comme si le chef du gouvernement devait presque s’invoquer lui-même à travers ce mot, pour que personne dans le pays n’en vienne à penser qu’il ne s’agit en réalité que de la conséquence logique d’une affaire politique. Ou même que quelqu’un pourrait, au bout du compte, en assumer la responsabilité.

Une réinterprétation de l’histoire

Luc Frieden a délibérément choisi des mots qui permettent à Georges Mischo de sauver la face. Selon le Premier ministre, son «ami» et collègue de parti aurait été «critiqué et attaqué» d’une manière continue que ce dernier avait jugé «injuste et blessante». Cela ne lui aurait finalement plus permis d’exercer ses fonctions «sereinement et objectivement» et de mettre en œuvre «les dossiers qui lui avaient été confiés.» Voilà pour la formulation officielle.

Interrogé à ce sujet, Luc Frieden a souligné que l’initiative du remaniement ministériel venait de Georges Mischo. Au vu de la dynamique politique de la semaine dernière, cette affirmation paraît toutefois peu crédible. Car c’est bien ce même Georges Mischo qui, dans un premier temps, avait balayé les accusations comme une attaque de l’opposition, puis tenté d’en «démentir» le fond, désavouant ainsi son propre gouvernement. Il a ensuite retiré timidement son propre projet quelques jours plus tard.

Je remercie le ministre Mischo pour son engagement et pour sa conception de l’État, car il fait passer les intérêts du pays et le bon fonctionnement du gouvernement avant sa personne.» Premier ministre Luc Frieden

Le Premier ministre a alors tenté de réinterpréter cette histoire, en brouillant délibérément et publiquement la frontière entre cause et effet. Comme si tout le pays n’avait pas suivi le petit feuilleton politique de ces derniers jours. Comme si le ministre qui rejetait jusque-là les critiques avec une désinvolture nonchalante s’était soudain mué, le temps d’un week-end, en une biche timide et vulnérable de la politique luxembourgeoise.

On ne fait pas offense au Premier ministre en qualifiant cette version de largement édulcorée. En effet, selon des sources internes à la coalition, Georges Mischo n’aurait cédé qu’après avoir subi des pressions au sein de son parti …