Cinq agents de police risquent de longues peines de prison pour des faits présumés de violences policières. Selon les recherches de Reporter.lu, des enquêtes internes ont révélé d’autres irrégularités, mais celles-ci n’ont pas fait l’objet de poursuites judiciaires.

La vidéo dure 40 secondes. On y voit les herbes s’enflammer, l’eau bouillonner et une fumée épaisse remplir le bong. Tom D. est assis sur une chaise de bureau. Il porte le bol en verre du pipe à ses lèvres, inhale profondément et expire des bouffées de fumée.

La vidéo ne montre pas un adolescent en train d’expérimenter la drogue, mais un policier. Et il n’est pas seul. Début juin 2023, l’agent et ses collègues Nicolas M. et Fränk M. se filment mutuellement en train de consommer du cannabis. L’un d’entre eux envoie ensuite les vidéos à un autre collègue. «Putain. Vous êtes complètement fous, vous trois», répond Joe K. sur WhatsApp. Et il ajoute avec admiration que Tom D. a inhalé la fumée «comme si de rien n’était». «Un homme d’honneur», commente alors Fränk M.

Cette vidéo n’est qu’un extrait d’une affaire bien plus vaste. Ce ne sont en effet pas des joints ou des bongs qui ont mis les enquêteurs de l’Inspection générale de la police (IGP) sur la piste de la drogue, mais de graves accusations de violences policières. Tom D. aurait maltraité un homme ivre le 20 mai 2023 en présence de ses collègues Joe K. et Rick S. dans une cellule de garde à vue du poste de police de la gare. Plus tard, un supérieur hiérarchique, André A., aurait tenté d’étouffer les faits.

Lorsqu’un jeune policier a signalé les faits présumés fin juin 2023, l’enquête s’est rapidement élargie. Les enquêteurs ont découvert d’autres infractions potentielles et un environnement de travail dans lequel les excès d’alcool et de drogue n’étaient apparemment pas remis en question, mais normalisés.

Acquisition, consommation et trafic présumé

Une partie des accusations a été portée devant les tribunaux ces dernières semaines, comme Reporter.lu l’a déjà rapporté. Cinq policiers sont inculpés. Les agents risquent plusieurs années de prison. Les accusations vont de la torture, des coups et blessures volontaires et de l’entrave à la justice jusqu’à la falsification et la violation des droits de la personnalité. Les juges rendront leurs verdicts dans les trois procès le 25 juin.

Les infractions à la législation sur les stupéfiants ne font toutefois pas partie des accusations – et ce, bien que du cannabis ait été saisi lors de perquisitions au domicile de deux agents du commissariat de la gare. Les enquêteurs ont également trouvé de nombreux indices de consommation de drogue sur les téléphones portables de plusieurs accusés.

Selon le rapport de l’IGP, auquel Reporter.lu a pu avoir accès, au moins sept membres de la garde de la gare auraient consommé régulièrement du cannabis, dont quatre des cinq policiers inculpés. Les chats, vidéos et messages vocaux analysés par les enquêteurs internes de la police documentent des conversations sur l’approvisionnement, la consommation et le trafic présumé …