Le procès des anciens policiers du commissariat de la gare dresse le portrait d’une unité en état d’urgence qui, pendant des années, a échappé au contrôle de sa hiérarchie. Les responsables ne se trouvent donc pas seulement sur le banc des accusés.

Entre Bonneweg, Hollerich, Gasperich et la ville haute, des règles propres s’appliquent depuis des décennies. Le quartier de la gare est un lieu de tension permanente: pour les riverains, les commerçants, les travailleurs sociaux et la police. Là où se croisent trafic de drogue, violence, délinquance de subsistance et sans-abrisme, les limites semblent également vaciller au sein même des forces de sécurité.

C’est ce qui ressort de l’enquête de l’Inspection générale de la police (IGP), qui a été au centre d’un procès devant le tribunal d’arrondissement de Luxembourg ces dernières semaines. Ce qui a commencé par l’accusation d’un seul crime violent s’est transformé en une procédure qui dépasse largement le cas concret. Les questions relatives à l’échec des contrôles et à une loyauté mal comprise ont pris de plus en plus d’importance.

Le procès principal concerne quatre anciens policiers. Tom D., aujourd’hui âgé de 36 ans, aurait maltraité un homme fortement alcoolisé dans une cellule de surveillance du poste de police de la gare le 20 mai 2023. Deux collègues, Rick S. et Joe K., auraient été présents lors des faits. Un supérieur hiérarchique, André A., aurait ensuite tenté d’étouffer l’affaire.

Selon les enquêteurs, Fernando V. n’aurait pas été victime de ces violences présumées par hasard. Il aurait menacé Tom D. quelques semaines auparavant lors d’une intervention policière. Pour le fonctionnaire, il s’agirait d’un «compte à régler» qu’il aurait réglé par la force dans la soirée du 20 mai.

Une affaire et de nombreux reproches

L’enquête de l’IGP a mis au jour d’autres éléments suspects au sein du poste de police de la gare. Trois des accusés et un autre policier doivent répondre de chefs d’accusation supplémentaires dans le cadre de procédures parallèles. Les chefs d’accusation dans toutes les procédures vont de la torture, des coups et blessures et de l’entrave à la justice jusqu’à la falsification et la violation des droits de la personnalité.

Ce qui frappe surtout, c’est la période sur laquelle se concentrent de nombreuses accusations: quelques jours entre le 18 et le 21 mai 2023. Cela soulève sans cesse la même question: si autant d’infractions présumées ont été documentées en l’espace de quelques jours, combien d’incidents sont donc restés non détectés pendant des années?

Dans ma fonction, j’étais à quatre échelons hiérarchiques de distance. Je n’avais plus grand-chose à savoir de ce qui se passait dehors au quotidien.»Philippe Schrantz, ancien chef de la police

Selon l’enquête, l’unité de police s’était, au moins en partie, soustraite au contrôle de sa propre hiérarchie. Des pratiques problématiques seraient restées internes, et des comportements répréhensibles auraient été tolérés. Outre les accusations de violences, la consommation présumée de drogues au sein de l’unité, des rituels douteux à l’égard de jeunes collègues et une culture de cloisonnement marquée ont également été mis en avant.

Au cours des huit jours d’audience, le président du tribunal, Marc Thill, a plusieurs fois mis le doigt sur le problème: «S’il y avait eu un contrôle, nous ne serions pas ici aujourd’hui» …