De la France aux Etats baltes, en passant par les pays scandinaves et l’Allemagne, les gouvernements s’inquiètent des attaques sur le terrain et de cybercampagnes de désinformation prorusses, alors que des élections cruciales sont prévues dans les prochains mois.
Par Elsa Conesa, Jacques Follorou, Florent Georgesco et Anne-Françoise Hivert (Le Monde, 2026)
Les pays européens ne cachent plus leur inquiétude face aux ingérences russes à la veille d’échéances électorales majeures. Selon eux, la guerre que mène Moscou ne se cantonne pas au front ukrainien: elle vise à saper les démocraties de l’intérieur. Les annonces d’opérations de déstabilisation bercent, désormais, le quotidien des opinions publiques. Pour se défendre, les gouvernements légifèrent et mobilisent leurs services de renseignement. Mais si les pays de l’Union européenne (UE) s’alarment, ils pèchent encore par individualisme, alors que ces attaques, coordonnées depuis la Russie, visent tout le continent.
Lors d’une conférence internationale organisée le 20 août à Stockholm, le ministre de la défense estonien, Hanno Pevkur, a mis en garde ses partenaires: «La Suède va bientôt tenir des élections législatives [le 13 septembre]. La Lettonie en organisera juste après [le 3 octobre]. Nous aurons les nôtres en mars [2027]. Cela signifie que la Russie cherchera des moyens d’influencer nos sociétés et d’attiser les tensions.» Présente à ses côtés, la Polonaise Henryka Moscicka-Dendys, sous-secrétaire d’Etat au ministère des affaires étrangères, a renchéri. Selon elle, «les élections sont des occasions idéales pour tenter de semer la méfiance et de tester la résilience de nos sociétés. Nous devons rester vigilants et agir pour contrer cela, mais nous devons le faire ensemble».
Deux jours plus tôt, la Suède, hôte de la conférence, avait été la cible de plusieurs fausses vidéos, publiées sur X en moins d’une heure, arborant des logos de médias nationaux suédois et allemand. Identifiées par le groupe Antibot4navalny, qui pourchasse la désinformation russe sur les réseaux sociaux, elles discréditaient le scrutin législatif à venir en alertant sur des fraudes imaginaires, et accusaient le premier ministre, Ulf Kristersson, de corruption. Selon le collectif d’opposants russes, cette campagne s’inscrit dans le cadre de l’opération d’influence prorusse baptisée «Matriochka» et repérée ailleurs sur le Vieux Continent …
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