Malgré sa condamnation à un an de prison ferme pour «détournement de fonds publics», Marine Le Pen voit dans le jugement un trou de souris dans lequel s’engouffrer. Plutôt prendre le risque de finir la campagne sous bracelet électronique que laisser la place à Jordan Bardella.

Par Clément Guillou et Corentin Lesueur (Le Monde, 2026)

Et Marine Le Pen reprit la main. Condamnée mais trompe-la-mort, la députée (Rassemblement national, RN) du Pas-de-Calais s’est faufilée, mardi 7 juillet, dans un trou de souris ouvert par la justice, en déclarant sa candidature à l’élection présidentielle de 2027.

En cela, elle dément ses plus anciennes convictions, qui portaient haut l’exigence de morale dans la vie publique, et ses plus récentes intuitions, faites en privé, ces dernières semaines: elle ne ferait rien qui mette en péril son camp. La voilà passant du risque zéro au risque-tout, puisque la «candidate naturelle» du parti d’extrême droite se met en position de finir sa campagne présidentielle sous le régime du bracelet électronique, une situation qu’elle décrivait pourtant comme « impossible ».

Reconnue coupable de «détournement de fonds publics», la présidente du groupe RN à l’Assemblée nationale a été punie d’une peine d’inéligibilité de quarante-cinq mois, trente avec sursis et quinze ferme, déjà purgés depuis le 31 mars 2025, et d’une peine de trois ans de prison dont un ferme, sous la forme d’une détention à domicile sous surveillance électronique.

Marine Le Pen s’est pourvue en cassation – avançant un point de droit déjà tranché par deux juridictions –, et ce faisant récupère sa présomption d’innocence et sa liberté de mouvement. L’ex-avocate, qui vilipendait les magistrats l’ayant sanctionnée en première instance, n’a pas fini de mettre la justice sous pression: elle compte désormais sur la lenteur de la Cour de cassation et, à défaut, sur l’incapacité de la justice à faire appliquer sa peine de prison, pour mener campagne normalement. Le choix comporte sa part d’incertitude, mais ses proches l’estiment «minime». «Pour gagner, il faut prendre un risque, défend le député (RN) de la Somme Jean-Philippe Tanguy. Il n’y avait aucun scénario confortable …