Les drones ukrainiens ciblent le territoire russe en profondeur. Il y a quelques jours, la capitale russe a subi la plus importante attaque aérienne depuis 2022. Vladimir Poutine n’a pas réagi. Mais discrètement, par messagerie, des Moscovites expriment craintes et frustrations.
Par Emmanuel Grynszpan et Benjamin Quénelle (Le Monde, 2026)
«La Russie brûle, Moscou brûle. Les Russes vont bien finir par comprendre que ce n’est pas seulement des informations à la télévision», commente Tatiana, Moscovite d’une cinquantaine d’années, qui a suivi l’attaque dans la nuit du mercredi 17 au jeudi 18 juin. Malgré la censure sur Internet, les impressionnantes images de ces frappes ukrainiennes ont fait le tour des réseaux sociaux russes: grands panaches de fumée noire s’échappant de la raffinerie du quartier de Kapotnia, dans le sud-est de la capitale, à 15 kilomètres seulement du Kremlin, flammes immenses dans une usine du complexe, traces noires de «pluie de pétrole» le long des rues des quartiers voisins, incendie dans un centre commercial.
Au total, les drones ukrainiens et leurs débris ont causé des dommages dans une dizaine d’endroits à Moscou et dans sa périphérie, dont des immeubles d’habitation. Au moins 17 personnes, parmi lesquelles deux enfants, ont été blessées dans la région de la capitale, selon le gouverneur de l’oblast de Moscou, Andreï Vorobiov.
«La guerre est entrée dans le quotidien des Moscovites comme dans celui d’autres régions ciblées par Kiev ces dernières semaines», insiste Tatiana qui, jointe par messagerie à Moscou, préfère rester anonyme par précaution. «Les Russes doivent comprendre que la propagande du Kremlin sur la normalisation et ses promesses de victoire sont des mensonges», prévient cette mère de famille qui, cadre moyen dans une entreprise privée, s’oppose depuis longtemps au régime de Vladimir Poutine et, depuis février 2022, à sa guerre en Ukraine. «Ces attaques et ces dégâts pourraient mettre à mal les assurances de Poutine et l’apathie généralisée des Russes», ajoute-t-elle.
«Réponse pleinement justifiée»
Comme c’est de plus en plus le cas depuis trois mois, les drones ukrainiens ciblent le territoire russe en profondeur. Avant Moscou, situé à 500 kilomètres de la frontière ukrainienne, c’est Saint-Pétersbourg, à plus de 1.000 kilomètres, qui avait été touchée début juin. De Krasnodar (dans le Sud, à plus de 500 kilomètres) jusqu’à Perm (au cœur de l’Oural, à 1.500 kilomètres), Kiev vise avant tout les installations pétrolières (raffineries, ports, dépôts) pour perturber les chaînes d’approvisionnement de ce secteur-clé de l’économie russe, vrai pourvoyeur du budget de guerre du Kremlin …
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