Les grandes fortunes aspirent une part croissante de la richesse mondiale. C’est ce que souligne le «World Inequality Lab» qui a publié son troisième grand bilan mondial des inégalités. Des travaux qui insistent sur les choix politiques qui permettent d’inverser la tendance.
Par Eric Albert (Le Monde, 2025)
On pourrait les rassembler sans forcer dans un stade de football. Ils sont 56.000, et représentent les 0,001 % les plus riches de la planète. Ticket d’entrée dans le club: 254 millions d’euros de patrimoine au minimum. Ensemble, ils possèdent désormais trois fois plus que la moitié la plus pauvre de l’humanité, soit 2,8 milliards d’adultes. Et si l’écart est stable depuis la sortie de la pandémie de Covid-19, il a fortement augmenté ces dernières décennies: en 1995, les 0,001% n’avaient «que» le double des plus pauvres.
Ces données sont tirées du nouveau rapport du «World Inequality Lab» (WIL), un institut de recherche établi à l’Ecole d’économie de Paris, auquel «Le Monde» a eu accès avant la publication. Après les éditions de 2018 et 2022, cette somme de quelque 200 pages, copilotée par les économistes Thomas Piketty, Lucas Chancel, Ricardo Gomez-Carrera et Rowaida Moshrif, dresse un grand panorama de l’état des inégalités à travers le monde. Rassemblant les travaux de près de 200 chercheurs, il documente l’explosion du patrimoine des ultrariches, et détaille la façon dont ces inégalités s’immiscent à tous les niveaux de la société: dans l’éducation, dans la politique, dans les conséquences du changement climatique, dans les écarts de revenus entre hommes et femmes…
Il rappelle aussi les grandes tendances mondiales observées depuis deux siècles : une envolée des inégalités au XIXe siècle pendant la révolution industrielle, leur réduction historique à partir de la première guerre mondiale et surtout après la seconde, avec notamment le développement des Etats-providence et l’imposition d’impôts très élevés sur les hauts patrimoines et revenus, permettant une réduction historique des écarts de salaire et de richesse. Puis un rebond depuis quarante ans, particulièrement aux Etats-Unis et, dans une moindre mesure, en Europe et en France, la libéralisation des marchés financiers, la dérégulation des marchés du travail, le déclin des syndicats et la mondialisation expliquant en partie cette hausse …
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