Trois joueurs de tennis français ont été mis en examen fin octobre. Ils sont soupçonnés d’avoir accepté de perdre délibérément contre de l’argent et d’avoir incité d’autres joueurs à le faire. L’enquête judiciaire révèle les dessous des vastes réseaux des paris sportifs.

Par Damien Leloup et Lucie Soullier (Le Monde, 2025)

Combien pour perdre un set? Et pour laisser filer le match? Aux enquêteurs qui l’interrogent en garde à vue, à la mi-octobre, un joueur de tennis français explique avoir d’abord été approché pour perdre un match, contre 500 euros. Il a refusé net. Puis son interlocuteur a fait grimper les enchères: 700, 1.000, 2.000. A 5.000 euros, le joueur a accepté.

Classé au-delà de la 100e place à l’ATP – le circuit international professionnel masculin –, il fait partie des trois joueurs de tennis français mis en examen, le 18 octobre, dans une affaire de matchs truqués qui ne cesse de prendre de l’ampleur. Joueurs, anciens joueurs, complices, intermédiaires… à ce jour, confirme le parquet de Marseille, sept personnes – cinq Français, un Roumain et un Bulgare âgés de 23 à 29 ans – ont été mises en examen pour des faits d’escroquerie en bande organisée, de corruption d’un acteur d’une manifestation sportive, de participation à une association de malfaiteurs et, pour certains, de blanchiment aggravé. Cinq d’entre eux ont été placés sous contrôle judiciaire avec, notamment, l’interdiction d’exercer une activité professionnelle ou sociale en lien avec le tennis et deux sont en détention provisoire. D’autres mises en examen pourraient bientôt suivre, parmi lesquelles celle de deux frères bulgares sous mandat d’arrêt européen, soupçonnés d’être au cœur du réseau.

Derrière ce qui peut sembler n’être qu’une fraude insignifiante dans un match anecdotique, on retrouve des affaires de corruption internationale avec des ramifications gigantesques.“
Jean-Yves Lourgouilloux, Procureur adjoint à Marseille

Du côté français, «on parle de jeunes joueurs pas très bien classés qui se font acheter pour pas grand-chose, parce qu’ils n’arrivent pas à vivre de leur sport ou parce qu’à cet âge il est difficile de résister à l’attrait de l’argent facile», résume le commissaire général Stéphane Piallat, patron du service central des courses et jeux. Mis face aux éléments rassemblés contre lui, l’un des tennismen explique ainsi la spirale qui l’a débordé: d’abord une dégringolade au classement, puis l’argent englouti petit à petit, celui de son prêt étudiant, de sa famille …