Au moment où le continent fait face à des températures extrêmes, la Commission européenne a entrepris d’affaiblir plusieurs politiques écologiques majeures, sous la pression conjointe des Etats membres, de la droite et de l’extrême droite.
Par Romain Geoffroy, Manon Romain et William Audureau (Le Monde, 2025)
Elle est celle qui a porté le pacte vert européen (Green Deal) en 2020, symbole du virage écologique de l’Union européenne (UE). Cinq ans plus tard, le mercredi 2 juillet, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a baissé sensiblement les objectifs climatiques européens, en assumant une posture «pragmatique et réaliste».
Pour les défenseurs du climat, cette décision a un goût d’autant plus amer qu’un collectif de scientifiques français vient d’établir que l’objectif de limiter le réchauffement climatique à 1,5°C par rapport à l’ère préindustrielle «n’est désormais plus atteignable».
Le revirement d’Ursula von der Leyen n’est néanmoins pas une surprise. Depuis le début de son second mandat, en décembre 2024, elle n’a cessé de donner des gages aux droites et extrêmes droites européennes, qui détiennent conjointement 53% des sièges au Parlement européen depuis les élections de mai 2024, et ont fait du pacte vert la cible de toutes leurs attaques. Devoir de vigilance des entreprises repoussé, exemptions massives de taxe carbone ou encore abandon de la lutte contre le greenwashing (écoblanchiment): tour d’horizon du grand recul européen en cours sur les questions écologiques.
L’objectif climatique pour 2040 affaibli
Dans le cadre de sa trajectoire vers la neutralité carbone, la Commission européenne devait présenter depuis plusieurs mois un plan détaillé pour réduire des émissions de gaz à effet de serre de 90% en 2040 par rapport à 1990. Le 2 juillet, elle a décidé de maintenir cet objectif, tout en assouplissant les modalités pour y parvenir, comme Paris et Berlin le demandaient.
Bruxelles propose notamment de faciliter le recours des Etats membres de l’UE au marché des crédits carbone: ils pourraient ainsi comptabiliser des baisses d’émissions de gaz à effet de serre en finançant des projets de réduction d’émissions dans d’autres régions du monde (à partir de 2036 et dans la limite de 3%). Les entreprises pourraient aussi prendre en compte leurs émissions négatives de CO2 (liées par exemple à la capture de carbone) pour améliorer leur bilan …
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