Si la Commission européenne estime qu’Israël ne respecte pas les droits de l’homme, elle ne pourra plus rester inactive. Les mesures peuvent aller jusqu’à une suspension d’un accord avec Israël, qui régit les relations politiques et commerciales avec l’Etat hébreu.
Par Philippe Jacqué (Le Monde, 2025)
Mi-février 2024, quatre mois après les attaques commises par le Hamas le 7 octobre 2023, Pedro Sanchez, le chef du gouvernement espagnol, et Leo Varadkar, son homologue irlandais, demandaient dans une lettre à la Commission européenne d’entreprendre un «examen urgent pour déterminer si Israël respecte ses obligations, y compris dans le cadre de l’accord d’association UE-Israël».
Au regard des multiples violations du droit humanitaire par l’armée israélienne dans la bande de Gaza, documentées par les ONG, et des quelque 28 000 victimes palestiniennes qui étaient alors comptabilisées, les deux dirigeants s’interrogeaient sur le respect de ce texte. Celui-ci régit depuis 1995, à la fois la relation politique entre les deux partenaires et la libéralisation de leurs échanges commerciaux. Il stipule, à l’article 2, que les signataires s’obligent au «respect des droits de l’homme et des principes démocratiques». La Commission avait alors ignoré la missive des deux premiers ministres.
Soutiens inconditionnels
Quinze mois plus tard, mardi 20 mai, à Bruxelles, alors que la bande de Gaza est sous blocus humanitaire depuis onze semaines et que le bilan humain dépasse désormais les 52 000 morts, des civils en majorité, Kaja Kallas, la cheffe de la diplomatie européenne, a annoncé l’examen par la Commission du respect par Israël de leur accord d’association. Cette fois, l’exécutif communautaire ne pourra se dérober.
Il y a des situations où l’on ne trouve plus de mots ou d’excuses. (…) On ne peut plus fermer les yeux! Si les gens ne meurent pas à Gaza d’une bombe, ils meurent de faim.“Xavier Bettel, ministre des affaires étrangères du Luxembourg
Depuis plusieurs semaines, la pression diplomatique n’a cessé de monter, notamment avec le communiqué conjoint de Paris, Londres et Ottawa qui ont dénoncé, lundi 19 mai, les «actions scandaleuses» de l’armée israélienne dans l’enclave côtière et le «niveau de souffrance intolérable» des civils.
Mardi, de passage à Bruxelles, Petr Pavel, le président de la République tchèque, l’un des soutiens indéfectibles d’Israël au sein des institutions, a assuré que «la situation humanitaire à Gaza devient intenable». Et qu’il fallait désormais que son pays sépare le soutien général à Israël du soutien aux actions de son gouvernement. Impensable, il y a encore quelques mois …
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