Menaces de droits de douane de 25% sur l’Union européenne, bouleversements géopolitiques, loi du plus fort dans les affaires: Les firmes subissent la politique de Donald Trump. Elles gèlent leurs projets, tentent de négocier des exemptions et se préparent à augmenter leurs prix.
Par Eric Albert, Cécile Boutelet, Sophie Fay, Anne-Françoise Hivert, Allan Kaval et Sandrine Morel (Le Monde, 2025)
Presque comme les étapes d’un deuil, Ludovic Subran a vu les chefs d’entreprise européens passer par tous leurs états depuis un an. «Au début, ils disaient que la victoire de Donald Trump était loin d’être assurée; puis, ils se sont dit que le futur président allait se montrer pragmatique; ensuite, certains ont pensé que la dérégulation allait être une bonne chose pour le business…», résume le directeur de l’investissement d’Allianz, l’assureur allemand, qui passe beaucoup de temps à rencontrer patrons et investisseurs. Et maintenant que le président américain est au pouvoir, un mélange de sidération et de consternation monte chez eux.
Donald Trump menace l’Union européenne de droits de douane de «25%» qui seront annoncés «très prochainement». Difficile de savoir exactement quelles mesures seront vraiment appliquées. Mais, selon Ludovic Subran, il faut prendre le président américain littéralement. «On n’échappera pas au boulet, d’une manière ou d’une autre», avertit-il.
Lundi 3 mars, le président américain a signé un décret doublant les droits de douane qu’il avait déjà imposés à la Chine, de 10 à 20%. S’exprimant devant la presse, il a ajouté que le Mexique et le Canada «n’avaient plus de marge de manœuvre» et qu’ils devront s’acquitter de droits de douane de 25% dès mardi 4 mars.
Face à cette tempête, les entreprises européennes sont à la fois obsédées par ce qui se joue aux Etats-Unis et retiennent leur souffle, dans l’espoir secret d’y échapper. Toutes font le dos rond – la grande majorité des dirigeants ont demandé à ne pas être cités pour cet article –, et beaucoup rêvent de parvenir à obtenir un accord qui épargnerait leur secteur. Dans le même temps, elles se tiennent prêtes à répercuter dans leurs prix les droits de douane qui seront finalement imposés.
Mais rappelons d’abord quelques faits: si l’Union européenne affiche pour les marchandises un net surplus commercial avec les Etats-Unis, à hauteur de 157 milliards d’euros en 2023, elle est, en revanche, déficitaire sur les services, notamment numériques, de 109 milliards d’euros. L’un dans l’autre, l’écart, certes à l’avantage européen, n’est que de 48 milliards d’euros, soit… 3% de l’ensemble des échanges transatlantiques. La vérité des chiffres importe peu pour Donald Trump. Selon lui, «l’Union européenne a été créée pour entuber les Etats-Unis» et elle devra payer.
Le choc Trump
Christophe Périllat, le directeur général de Valeo, une multinationale de sous-traitance automobile, résume d’une phrase l’état de sidération permanente dans laquelle se trouvent les entreprises depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche: «Tous les matins, nous nous réveillons en nous demandant quelle a été la nouvelle annonce de la nuit.»
La vague a touché en premier le Danemark, quand Donald Trump a promis qu’il «aurait» le Groenland, menaçant le pays de tarifs douaniers «très élevés» sur ses produits et services si Copenhague n’obtempérait pas. Après un entretien téléphonique orageux avec le locataire de la Maison Blanche, le 15 janvier, la première ministre danoise, Mette Frederiksen, a réuni les patrons des 17 plus grandes entreprises du pays, parmi lesquelles Lego, le fabricant d’éoliennes Vestas et le groupe pharmaceutique Novo Nordisk, pour évoquer les risques d’une guerre commerciale.
Depuis, les patrons danois ne parlent que de ça. Sur les trois premières semaines de février, Peter Bay Kirkegaard, spécialiste du commerce international auprès de la Confédération des industries danoises (Dansk Industri), a réalisé 35 interventions devant des chefs d’entreprise sur le sujet …
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