Trois ans après le début de la guerre en Ukraine, la montée de courants antisystèmes joue en faveur de Moscou, et au détriment de l’Europe, au moment où celle-ci est lâchée par son allié américain. Des failles exploitées par l’agresseur de l’Ukraine.
Par Jean-Baptiste Chastand, Emmanuel Grynszpan, Marie Jégo, Benjamin Quénelle et Faustine Vincent (Le Monde, 2025)
Le premier ministre hongrois peut se frotter les mains. Stimulé par l’empressement de Donald Trump à négocier la paix en Ukraine avec Vladimir Poutine, dans le dos de Kiev et de l’Union européenne (UE), dont son pays fait partie, Viktor Orban s’est félicité du retour de la Russie dans le grand jeu. «Si le président américain fait la paix, je pense que la Russie sera réintégrée dans l’économie mondiale, dans le système de sécurité européen et même dans le système énergétique et économique européen», a-t-il déclaré sur les ondes de «Magyar Radio», la radio d’Etat, vendredi 14 février.
L’enlisement du conflit, la fatigue des opinions publiques, la crainte de l’escalade jouent en faveur de Moscou et au détriment de Bruxelles. Une ligne de fracture se creuse en Europe entre les Etats résolus à se protéger des appétits du prédateur russe, tels la Pologne et les pays baltes, et les adeptes de l’apaisement envers le régime de Vladimir Poutine. Déjà constitué de la Hongrie et de la Slovaquie, auxquelles peuvent s’ajouter une Bulgarie de plus en plus hésitante et une Serbie, non-membre de l’UE, mais historiquement proche de la Russie, ce camp pourrait s’étendre, à l’occasion de scrutins cruciaux, cette année en Allemagne, en République tchèque et en Roumanie.
Restée dépendante des hydrocarbures russes, opposée aux sanctions contre Moscou, la Hongrie a «beaucoup à gagner de la paix», qui donnerait, a répété Viktor Orban lors de son intervention radiophonique, un «énorme coup de pouce à l’économie» nationale, en particulier si le gaz russe bon marché, perçu par son gouvernement comme la clé du redémarrage économique, se remettait à circuler à pleins tuyaux.
Avec l’invasion de l’Ukraine, les Européens ont pris brutalement conscience de cette confrontation géopolitique avec la Russie. Avant, ils l’ignoraient ou refusaient de la voir.“Marie Dumoulin, politologue
Le premier ministre slovaque, Robert Fico, dont le pays est tout aussi tributaire de Gazprom, est sur la même ligne. Les deux dirigeants eurosceptiques partagent un même manque d’empathie envers le sort des Ukrainiens. Peu leur importe que cette paix puisse se faire sur le dos de deux principes fondamentaux de l’UE – le respect de la volonté des peuples et des frontières. Ils n’en ont cure, puisque, comme l’a expliqué Viktor Orban au micro, «les jours de l’Union européenne sont comptés». «L’avenir ne s’écrit pas en Europe», a-t-il prédit, oublieux des bénéfices recueillis par son pays depuis son adhésion à l’UE, en 2004.
Avec, en son sein, des responsables politiques qui parient sur sa chute, la famille européenne a du souci à se faire. Si, au début de l’invasion de l’Ukraine par la Russie, le nationaliste hongrois paraissait isolé, sa vision du monde, conforme à celle du président russe, Vladimir Poutine, fait aujourd’hui des émules dans l’ancien glacis soviétique …
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