«Rent Me» est accusé d’avoir vendu à des particuliers des voitures sans papiers. Ses dirigeants se rejettent la responsabilité d’une gestion aventureuse des affaires ayant conduit à la faillite. La société n’avait pas d’autorisation d’établissement. Une instruction est ouverte.
Sous l’enseigne commerciale «Car Store», «Rent Me» recrutait ses clients sur les petites annonces du site internet du «Bon Coin». L’un d’eux y a déniché en juin dernier pour un peu plus de 35.000 euros une Mini cabriolet pour sa femme. Le couple a fait le voyage jusqu’à Luxembourg pour récupérer la voiture à Contern, siège du négociant. A leur départ de l’entrepôt, ils ont droit à une petite vidéo postée sur Instagram et Facebook, pour immortaliser l’achat.
Depuis la faillite de la société Rent Me SA le 11 décembre dernier, les comptes sur les réseaux sociaux ont été effacés. Les commerciaux et intermédiaires sont aux abonnés absents. L’entrepôt à Contern a été vidé de son stock de voitures neuves et d’occasion et les locaux ont été abandonnés. L’acheteur de la Mini est une des quinze victimes françaises présumées du vendeur et loueur de voitures.
Bonne foi des acheteurs en question
Sur un groupe WhatsApp, les clients racontent tous à peu près la même histoire. Ils ont payé leurs voitures, pour l’essentiel des BMW et des VW d’occasion, et ont reçu en retour des papiers provisoires ainsi qu’une facture «proforma», qui n’ont que la valeur des bouts de papier. Ils ne peuvent plus utiliser leurs véhicules, faute de pouvoir les faire immatriculer dans leur pays. Leur interlocuteur est désormais un avocat, nommé curateur de la faillite. Ce dernier cherche à récupérer des véhicules pour les restituer à leur propriétaire légitime, la société de leasing «Axus Luxembourg».
Selon les informations de Reporter.lu, Axus a porté plainte le 5 décembre dernier contre Rent Me pour avoir vendu 21 véhicules lui appartenant. Ces véhicules avaient fait l’objet d’un contrat de location à long terme en septembre 2023 avec Rent Me en vue de leur sous-location à court terme. La société de Contern menait en parallèle de la vente, des activités «rent-a-car» sous les enseignes «Alamo», «Enterprise» et «National». Le contrat précisait que les voitures restaient la propriété exclusive d’Axus, sans option de rachat.
Il est évident que les sociétés se cachant derrière l’enseigne Car Store ont employé des manœuvres frauduleuses pour s’approprier les fonds de mon mandant.“
Un des avocats des victimes
Dans un courrier à l’un des avocats de victimes que Reporter.lu a consulté, l’avocate d’Axus met en cause la bonne foi des acheteurs et les enjoint de restituer immédiatement les voitures.«Il est difficile de croire, écrit-elle, que vos mandants ont procédé à l’acquisition d’un véhicule sans aucunement vérifier la documentation relative à ces véhicules, à savoir l’attestation d’assurance, le certificat d’immatriculation, la vignette fiscale et le certificat de conformité qui renseignent tous les propriétaires du véhicule».
Pratiques commerciales douteuses
Lors de la remise des clefs et du paiement, les clients repartaient chez eux avec des papiers provisoires et une plaque d’immatriculation temporaire, pour une durée maximale de six semaines, portant le «WW» suivi de chiffres. Une particularité du marché français pour l’importation de voitures étrangères qui a facilité les pratiques douteuses du marchand.
Les contrats d’achat souscrits auprès de Car Store comprenaient un «pack» pour l’immatriculation et les démarches administratives liées au transfert d’un pays à l’autre et l’obtention d’une carte grise française. Un mandataire situé à Villerupt, localité proche de la frontière, était chargé d’effectuer les formalités …
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