Des députés du parti présidentiel ont le sentiment d’avoir été manipulés pour voter en urgence une loi qui plaçait sous tutelle les agences anticorruption. Certains dénoncent une «bulle» formée par l’entourage proche du chef d’Etat ukrainien.

Par Thomas d’Istria (Le Monde, 2025)

Pour tourner la page, il fallait une annonce et une image. Samedi 2 août, les autorités ukrainiennes ont tenté de mettre un terme à la plus grave crise politique depuis le début de la guerre en annonçant avoir arrêté plusieurs fonctionnaires corrompus dans le cadre d’une enquête sur un vaste système de pots-de-vin liés à des marchés publics militaires. L’opération de communication tombait à point nommé, deux jours après le vote d’une loi, le 31 juillet, approuvant le rétablissement de l’indépendance de deux agences anticorruption que le président Volodymyr Zelensky avait tenté d’assujettir neuf jours plus tôt, le 22 juillet.

Les images dévoilées par la présidence ukrainienne montrent le chef de l’Etat aux côtés des chefs du bureau national anticorruption d’Ukraine et du parquet anticorruption spécialisé. La rencontre aura permis à Volodymyr Zelensky de réaffirmer l’importance de leur indépendance tout en présentant des résultats: un député de son propre parti attrapé, un ancien gouverneur de région… «Il ne peut y avoir aucune tolérance envers la corruption», a insisté le président ukrainien.

Si le revirement a été applaudi, les conséquences de la crise qu’il a déclenchée dix jours plus tôt ne sont, elles, pas près de s’estomper. La justification de la loi du 22 juillet, qui aurait placé les deux agences sous la responsabilité d’un procureur général fidèle à la présidence, n’a pas convaincu. Volodymyr Zelensky défendait l’idée d’une lutte nécessaire contre l’influence russe dans ces institutions, mais la population a plutôt retenu le fait que les enquêteurs spécialisés s’intéressaient à des proches du chef de l’Etat soupçonnés d’enrichissements illégaux.

«Bonne vitalité démocratique»

Le chef de l’Etat s’est donc vu accusé d’avoir agi pour protéger des hommes corrompus, tout en faisant adopter une loi qui mettait potentiellement en danger le soutien international dont le pays est si dépendant, ainsi que ses chances d’une future adhésion à l’Union européenne. La décision a provoqué une vague d’indignation nationale, des milliers de jeunes ont manifesté et de nombreux pays européens ont protesté avant la marche arrière du président.

«Que Zelensky ait changé d’avis et qu’il y ait eu des manifestations représentent évidemment un signe de bonne vitalité démocratique», relève le député du parti présidentiel «Serviteur du peuple» Oleksandr Merejko, pour qui l’épisode a également eu le mérite de sécuriser l’indépendance des deux agences. Mais «la loi a aussi créé un problème de confiance aux yeux de notre société et de nos partenaires, nuance-t-il. Celle-ci doit être rétablie …