Lancé en 2023 par l’ancien rédacteur en chef du tabloïd «Bild», Julian Reichelt, le site «Nius» espère capter le «vide» prétendument laissé par les médias traditionnels. Son agenda anti-immigration et anti-mainstream s’inscrit dans la tendance de la droite réactionnaire en Europe.
Par Cécile Boutelet (Le Monde, 2025)
«Les barbares sont parmi nous», «le cordon sanitaire [contre l’extrême droite] étouffe les citoyens!», «l’idéologie de la diversité tue notre pays», «la persécution politique est de retour!» Sur la plateforme «Nius», les titres provocateurs de Julian Reichelt se suivent et se ressemblent. Dans une obsession contre l’immigration illégale, les Verts, le mouvement féministe, l’écriture inclusive, il martèle l’idée que «la liberté d’expression a disparu».
Le site, qui agrège des articles et des chaînes YouTube, a connu un succès rapide: moins de deux ans après son lancement, à l’été 2023, il totalisait 8,8 millions de visites au mois de mars. Son format en direct «Nius live», diffusé sur YouTube et Spotify, revendique 1 million de spectateurs par semaine. La chaîne YouTube de Julian Reichelt compte, à elle seule, 500.000 abonnés.
«Nius» est une illustration du mouvement en cours dans le paysage médiatique allemand: les médias traditionnels sont dépassés sur leur droite par de nouvelles offres libérales et conservatrices au ton agressif décomplexé, voire masculiniste, principalement diffusées sur YouTube, les podcasts et les réseaux sociaux.
Nouvelle notoriété
La plateforme «Nius» s’est développée autour de la notoriété de Julian Reichelt, transfuge du groupe de presse conservateur Axel Springer. L’ancien reporter de guerre, ex-rédacteur en chef très médiatisé du tabloïd «Bild», a été licencié, en octobre 2021, après des révélations sur ses relations intimes avec de jeunes journalistes qui étaient sous sa responsabilité. Depuis, il s’est enveloppé dans son statut de «paria» du journalisme pour incarner une opposition radicale aux médias traditionnels, en particulier ceux du service public, accusés d’être «trop à gauche» …
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