La condamnation de l’ancien chef de la police Pierre Reuland dans le procès «Bommeleeër-bis» risque d’avoir de lourdes répercussions. Cela s’explique surtout par le fait que les juges expliquent pourquoi ils estiment qu’il y a eu dissimulation délibérée de cette affaire.

Dans une affaire qui paraît sans fin, il ne s’agit d’abord que d’un chapitre de plus. Mais c’est un chapitre aux effets considérables. Le jugement rendu dans le cadre du «procès Bommeleeër-bis» n’est pas un simple fait divers car il a une portée politique et institutionnelle. En effet, selon les juges, un dirigeant éminent de la police luxembourgeoise aurait sciemment compromis l’enquête sur les attentats de Bommeleeër des années 1980. C’est ce qui ressort de l’exposé écrit des motifs du jugement, dont dispose Reporter.lu.

L’ancien directeur général de la police, Pierre Reuland (2001-2008), a été inculpé pour avoir menti sous serment lors du premier procès Bommeleeër. Dans le cadre de cette procédure, les deux anciens membres de la «Brigade mobile de la gendarmerie» (BMG), Marc Scheer (70 ans) et Jos Wilmes (68 ans), devaient répondre, à partir de février 2013, de leurs actes en tant qu’auteurs présumés des attentats devant une chambre criminelle du tribunal d’arrondissement de Luxembourg.

Plusieurs témoins, dont Pierre Reuland, s’étant eux-mêmes rendus suspects par leurs déclarations devant le tribunal, le procès a été suspendu en juillet 2014 après 177 jours d’audience. Le parquet a alors ouvert une nouvelle enquête.

Six accusés, une seule condamnation

Ces enquêtes ont abouti fin 2025 au procès Bommeleeër-bis, au cours duquel six accusés ont dû répondre de faux témoignages, également devant une chambre criminelle. Les anciens officiers de gendarmerie Aloyse Harpes (97 ans), Pierre Reuland (68 ans), Armand Schockweiler (70 ans) et Guy Stebens (66 ans), ainsi que l’ancien membre du BMG Marcel Weydert (68 ans) et l’ancien enquêteur de la Sûreté Guillaume Büchler (76 ans) auraient, selon le parquet, eu connaissance de plus d’informations sur la série d’attentats qu’ils ne l’avaient admis lors du procès principal.

Au final, le tribunal n’a toutefois condamné que Pierre Reuland, le 26 février dernier, pour faux témoignage à une peine de trois ans d’emprisonnement avec sursis et à une amende de 5.000 euros. Les motifs exacts qui ont conduit les juges à cette décision ressortent du jugement de plus de 300 pages, qui est désormais disponible.

Il (Pierre Reuland) entendait manifestement signaler aux enquêteurs qu’ils ne résoudraient jamais l’enquête, l’auteur étant une personne trop importante. »Jugement du 26 février 2026

Pierre Reuland n’aurait en effet pas menti sur un point sans importance. Les juges sont au contraire convaincus que l’ancien chef de la police dispose d’informations sur l’identité des auteurs de l’attentat, mais qu’il les aurait délibérément dissimulées au tribunal …