La coalition CSV-DP reste fidèle à son image d’alliés prônant avant tout les baisses d’impôts. Or, pour y parvenir, ils occultent non seulement la réalité des finances publiques, mais refusent également tout débat sur la viabilité financière de leur programme. Analyse.

Il était une fois un homme pour qui la santé des finances publiques était d’une importance capitale et pour qui l’augmentation de la dette équivalait à une trahison envers les générations futures; un homme politique qui avait une position claire et qui, en 2011, avait prédit devant des entrepreneurs et des journalistes: «Si nous ne voulons pas avoir des problèmes en 2020 ou 2030, nous devons prendre des mesures maintenant.»

Cet homme s’appelait Luc Frieden. L’ironie de l’histoire est que le pays se trouve aujourd’hui exactement dans la période décrite par l’ancien ministre des Finances, et les problèmes qu’il avait prédits sont aisément identifiables.

Mais que fait le Premier ministre d’aujourd’hui? Il baisse les impôts malgré des dépenses croissantes, augmente la dette publique et la laisse, avec les déficits de la sécurité sociale, à ses successeurs. Cerise sur le gâteau, il vend tout cela sous le slogan «Renforcer le Luxembourg pour l’avenir». De son idéologie d’autrefois, il ne semble plus rester que sa foi en ce Dieu tout-puissant qu’est la croissance économique.

Les paroles creuses d’hier

Mais Luc Frieden n’est pas le seul à avoir renié ses propres convictions. Un homme politique de l’opposition, très éloquent, avait lui aussi un jour pressé les ministres des Finances de la coalition Bleu-Rouge-Vert. «Les grands perdants de cette spirale de la dette, ce sont les jeunes d’aujourd’hui qui n’ont pas les moyens de s’offrir un logement», avait déclaré Gilles Roth lors d’un débat en 2020. Deux ans plus tard, il dénonçait une «politique des promesses vides». Selon lui, la politique budgétaire du gouvernement aurait échoué face à ses propres ambitions. «L’Etat luxembourgeois n’a jamais été aussi endetté qu’aujourd’hui», affirmait alors le chef du groupe parlementaire du CSV.

Autrefois, Luc Frieden et Gilles Roth auraient dit: Les dettes d’aujourd’hui, ce sont les hausses d’impôts de demain. Aujourd’hui, ils disent: Sinon, rien de neuf?»

Cela ne fait donc pas si longtemps que l’endettement sans limite semblait être le spectre de la politique luxembourgeoise. Aucun parti n’a autant martelé ce discours que le CSV. A peine de retour au pouvoir, cette rigueur budgétaire semble s’être évaporée. En toute honnêteté, Gilles Roth devrait poser aujourd’hui le même diagnostic de dettes record et de promesses vides à sa propre politique.

Depuis son retour au pouvoir, il y a bientôt trois ans, le CSV fait preuve d’une insouciance remarquable dans sa gestion des finances publiques. Alors que les ministres des Finances du DP, Pierre Gramegna et Yuriko Backes, relativisaient encore l’endettement dans leurs discours, leur successeur refuse désormais tout débat sur la viabilité financière de la politique gouvernementale.

L’hypocrisie du CSV

Aujourd’hui, Gilles Roth répond à toute critique avec le même refrain: ce gouvernement serait là pour soulager les citoyens. La coalition CSV-DP reste ainsi fidèle à elle-même et coche les baisses d’impôts promises sur sa liste. Mais alors qu’en tant que chef de l’opposition, Gilles Roth dénonçait cette politique comme un «pilotage à vue», il manque aujourd’hui de toute clairvoyance en tant que ministre des Finances. Car l’équilibre budgétaire n’est même plus formulé comme un objectif. Le ministre des Finances semble donc se contenter de passer d’un budget à l’autre pour essayer de concilier tant bien que mal les allègements successifs et les comptes …