L’Autorité de la concurrence peine à trouver son rythme de croisière. La gouvernance et la politique de personnel du président Pierre Barthelmé suscitent de vives controverses en interne. Le ministère de l’Économie a dû intervenir pour calmer le jeu.

Publié le 23 juin, le rapport annuel 2025 de l’Autorité de la concurrence est un livre ouvert sur le malaise des équipes d’un établissement public qui est loin de faire autorité. Aucun dossier d’infraction en matière de pratiques antitrust n’a abouti l’année dernière, pas plus d’ailleurs que les années précédentes. La dernière infraction documentée remonte à 2021. Les assurances du président Pierre Barthelmé de «montée en puissance de nos actions antitrust» dans sa préface ne font pas illusion. L’Autorité de la concurrence n’a rien fait l’année dernière en matière répressive. Sur les quatre décisions prises en 2025, trois ont été des rejets de plaintes. Un dossier a été classé. 

Pierre Barthelmé aime à dire qu’il n’a pas «le tempérament répressif». «Au lieu de faire peur, il faut inspirer de la confiance. L’essentiel n’est pas d’agiter la menace de sanction, mais de garantir le bon fonctionnement du marché», souligne-t-il vis-à-vis de Reporter.lu. Il se défend des accusations d’inaction et d’inefficacité que lui font volontiers des praticiens du droit de la concurrence. «Ces décisions (classements sans suite et rejets, ndlr) ne traduisent pas une absence d’activité. Elles constituent l’aboutissement normal d’une instruction menée conformément aux exigences de l’Etat de droit», assure-t-il encore.

Une gouvernance controversée

À ce tableau quantitatif de l’activité s’ajoutent un bilan social et une gouvernance controversés. Empêtrée dans des conflits internes, avec des effectifs réduits, l’autorité n’a pas pu remplir pleinement ses missions au service de l’intérêt général, de l’équité et du pouvoir d’achat des citoyens.

Deux des quatre conseillers permanents en poste sont partis et, à ce jour, leurs postes n’ont pas été remplacés. Les fonctions de conseillers sont pourtant des piliers de l’institution qui comptait, selon le rapport annuel 2025, 16 fonctionnaires et employés de l’État, contre 21 agents selon le rapport précédent.

Les départs ne dérogent en rien à la mobilité usuelle des agents que connaissent d’autres acteurs du secteur public. »Pierre Barthelmé, Président de l’Autorité de la concurrence

Cinq enquêteurs du service concurrence, sur les sept agents de ce département, dont la responsable, ont également démissionné en l’espace d’un an. L’exode des équipes n’est pas sans incidence sur le rythme de travail. Les départs, même s’ils sont partiellement compensés, entraînent inévitablement une baisse des compétences et de l’expertise, difficiles à trouver sur le marché du travail compte tenu des profils très pointus requis en droit de la concurrence …