Les Etats-Unis interviendraient-ils pour défendre leurs alliés en cas d’attaque sur le Vieux Continent? Les dirigeants européens, réunis lundi à Erevan aux côtés du Canada, en doutent de plus en plus après l’annonce, par Donald Trump, du retrait d’Allemagne de 5.000 soldats américains.
Par Philippe Jacqué (Le Monde, 2026)
Il ne se passe désormais plus un mois sans un nouveau coup porté à l’Alliance atlantique. Après avoir envisagé d’envahir le Groenland, territoire du Danemark, un pays allié, puis avoir qualifié l’OTAN de «tigre de papier» et brandi la menace de s’en retirer, le président américain, Donald Trump, fâché de ne pas avoir été soutenu par les Européens pour sa guerre en Iran, a encore un peu plus affaibli l’organisation vendredi 1er mai.
Il a non seulement annoncé le retrait de 5.000 soldats américains d’Allemagne, un geste symbolique pour de nombreux observateurs, mais il aurait aussi suspendu le déploiement sur le territoire allemand de systèmes de lancement de missiles de frappe dans la profondeur, capables d’atteindre des cibles sur le territoire russe.
Cela «prive les Européens d’un moyen essentiel de dissuasion vis-à-vis de la Russie», constate Gesine Weber, chercheuse au Centre d’études de sécurité de l’Ecole polytechnique de Zurich (Suisse), et «risque donc de créer ou d’aggraver un déficit de dissuasion auquel l’Europe pourrait être confrontée en cas de retrait des Etats-Unis de la sécurité [du Vieux Continent]».
En Europe, personne ne veut se passer du soutien de l’allié américain. «Je dirais que, d’après ce que me rapportent tous mes contacts parmi les dirigeants, ceux-ci ont bien compris le message des Etats-Unis, ils l’ont reçu cinq sur cinq», a assuré Mark Rutte, le secrétaire général de l’OTAN, lundi 4 mai, à Erevan, en Arménie, où il participait à un sommet de la Communauté politique européenne.
«Confiance au plus bas»
«Nous payons aujourd’hui le prix de notre dépendance excessive à l’égard de la protection offerte par les Etats-Unis en matière de défense et de sécurité», a jugé, pour sa part, le président français, Emmanuel Macron, dans la capitale arménienne. Dès lors, les dirigeants européens doivent réfléchir à leurs options dans ce nouveau contexte, car ils doutent de plus en plus de la possibilité d’une intervention américaine en cas d’attaque de leurs territoires. «Cette alliance fonctionne sur la confiance. Et désormais, cette confiance est au plus bas», constate Nathalie Tocci, spécialiste des affaires internationales à la Johns Hopkins University (Maryland).
L’imprévisibilité de Donald Trump oblige les Européens à se doter d’un plan B pour leur sécurité. Se préparer à de tels scénarios n’est pas un réflexe antiaméricain, mais un devoir pour les Européens.»Christian Mölling, Expert en politique de sécurité
En 2025, à La Haye, les dirigeants européens avaient accepté d’augmenter leurs dépenses militaires jusqu’à 3,5% de leur produit intérieur brut afin de répondre à l’une des critiques récurrentes de Donald Trump, qui a toujours estimé que Washington finançait la défense du Vieux Continent. Certains pays avaient également annoncé d’importants programmes d’achats d’armes aux Etats-Unis pour être dans les bonnes grâces du locataire de la Maison Blanche, mais ils voient aujourd’hui la livraison de ces commandes reportées sine die, l’industrie américaine produisant en priorité pour réapprovisionner les arsenaux américains après l’attaque contre l’Iran …
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