Il ne s’est écoulé que trois semaines entre la rencontre d’un couple avec un homme de 73 ans et la décision de ce dernier de modifier son testament. Pour le parquet, il ne s’agit pas d’une coïncidence, mais d’une exploitation délibérée. Le couple se retrouve désormais devant le tribunal.

En juin 2019, Norbert C. rencontre sur la terrasse d’un restaurant à Berchem deux personnes de son passé: Patrice S. et Antònio C. avaient tenu, auparavant, un restaurant où Norbert C. avait l’habitude de se rendre. Depuis la fermeture de l’établissement en 2012, ils n’avaient toutefois plus eu de contact. A première vue, ces retrouvailles soudaines semblent fortuites. Une conversation, un échange de souvenirs. Mais cela ne s’arrête pas là. En l’espace de quelques semaines, une relation étroite se noue. Le couple invite régulièrement l’homme de 73 ans chez lui, l’aide au quotidien et gagne sa confiance.

Ce qui semble être un heureux revirement tardif est perçu différemment par le parquet. La rencontre a peut-être été fortuite, mais le rapprochement ne l’était pas. Elle aurait été orchestrée, à un moment de vulnérabilité particulière. Près de sept ans après leur rencontre à Berchem, Patrice S. et Antònio C. comparaissent devant le tribunal d’arrondissement de Luxembourg. L’homme de 67 ans et la femme de 59 ans sont accusés d’abus de faiblesse, c’est-à-dire d’avoir profité de la faiblesse de volonté ou du manque de discernement d’une autre personne.

Nouvelle connaissance, nouveau testament

Norbert C. vivait seul à l’été 2019. Sa femme était décédée quatre ans auparavant, et il venait également de perdre son chien. En raison d’une lésion nerveuse, il avait du mal à marcher et dépendait de plus en plus d’une aide extérieure. De plus, il souffrait de démence, buvait beaucoup d’alcool et était sous curatelle. Les dépenses importantes devaient être approuvées par son curateur. Le parquet reproche à Patrice S. et Antònio C. d’avoir sciemment profité de la fragilité de Norbert C. pour accéder à son patrimoine. Au cœur de la procédure se trouve un héritage considérable: une maison à Bettembourg, un appartement à Dudelange ainsi que des économies d’environ 500.000 euros.

Début juillet 2019, trois semaines seulement après leurs retrouvailles, Norbert C. a désigné son ami Antònio C. comme seul héritier. Le testament manuscrit a été déposé chez un notaire à Bettembourg. Pour les enquêteurs, ce document est suspect. «L’écriture n’était pas bonne, la syntaxe mauvaise. Il avait même mal orthographié son propre nom», a expliqué l’enquêteur en charge devant le tribunal. Les informations concernant Antònio C. étaient en revanche sans erreur.

Dans ce dossier, on a l’impression qu’on se moque de nous.»Représentant du parquet

A la mi-juillet 2019, Norbert C. préparait déjà un nouveau testament. Il s’est d’abord rendu chez un notaire à Grevenmacher, puis s’est présenté l’après-midi à un rendez-vous prévu dans le cadre de sa mise sous curatelle devant le tribunal des tutelles. Là, il a fait part de sa nouvelle connaissance – et du fait qu’il avait désigné Antònio C. comme héritier. La magistrate en charge s’est montrée méfiante. Elle a interrogé de manière insistante Antònio C., qui avait accompagné Norbert C. au rendez-vous, et a ensuite porté plainte …