La guerre au Moyen-Orient risque de déclencher une bataille mondiale pour le gaz, dont le prix européen a bondi ces derniers jours. Plusieurs navires méthaniers ont dévié pour livrer leur cargaison en Asie. Mais pour l’instant, l’UE ne prévoit aucune mesure immédiate.
Par Marie de Vergès et Virginie Malingre (Le Monde, 2026)
La bataille mondiale pour le gaz a déjà commencé et l’Europe est en première ligne. Depuis mercredi 4 mars, au moins quatre méthaniers, ces navires-usines aux larges cuves réfrigérées servant à transporter le gaz naturel liquéfié (GNL) sur de longues distances, ont brutalement changé d’itinéraire: alors qu’ils se dirigeaient vers la France, la Belgique ou encore l’Espagne, ces bateaux partis d’Afrique et des Etats-Unis ont finalement pris la direction de l’Asie, selon les données de la société d’analyse maritime «Kpler».
Le commerce du gaz est gravement perturbé par la guerre au Moyen-Orient, qui entre, samedi 7 mars, dans sa deuxième semaine: plus aucune cargaison ne passe par le détroit d’Ormuz, ce goulet maritime par où transitent normalement chaque jour 20% du GNL mondial. Au Qatar, la plus grande usine de GNL au monde est à l’arrêt depuis lundi, après avoir subi une attaque iranienne de drone.
Or, même si le conflit prenait fin immédiatement, le retour à un cycle normal de livraisons prendrait «des semaines, voire des mois», prévient le ministre de l’Energie de l’émirat gazier dans une interview au «Financial Times», vendredi. Saad Al-Kaabi met aussi l’Europe en garde: sans être la principale cliente de la région, elle doit se préparer à subir un sérieux contrecoup, car les acheteurs asiatiques vont être prêts à surenchérir pour tout le gaz disponible sur le marché.
Situation sous contrôle
Un avertissement que le continent européen ne prendra pas à la légère, quatre ans après le choc énergétique provoqué par la guerre en Ukraine et la décision de Moscou de couper le robinet du gaz russe. Pourtant, la donne n’est pas la même. L’Europe importe moins de 10% de son GNL du Qatar et des Emirats arabes unis. Bien moins que l’Asie, qui a absorbé, en 2025, près de 90% des exportations qataries, selon «Kpler». A Bruxelles, jusqu’ici, le discours se veut d’ailleurs rassurant: il n’y a pas, à ce stade, de risque de pénurie et la situation est sous contrôle, certifient les responsables européens. Et ce, même si, après un hiver rigoureux, les stocks de gaz ne sont plus remplis qu’à 29%, bien en deçà des niveaux de 2025 et 2024 à la même période.
En 2022, l’Europe a consacré près de 4.000 milliards de subventions à l’énergie. On ne pourra pas le refaire, il va falloir affronter cette crise sans airbags. »Thierry Bros, professeur à Sciences Po Paris
Mais la menace concerne moins l’approvisionnement que le prix de la molécule. Depuis le début de la guerre, le contrat à terme du gaz sur le «Title Transfer Facility», le marché néerlandais, qui sert de référence européenne, a bondi de près de 60%, passant de 30 euros à plus de 50 euros le mégawattheure (MWh). Les moins alarmistes notent que les sommets de 2022, à quelque 340 euros du MWh, sont encore loin d’être atteints …
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