Malgré les frappes américaines et les marches triomphales en Israël et à Washington, l’Iran paraît disposer encore d’un stock d’uranium hautement enrichi. Selon les experts, le pays conserverait ainsi les moyens de militariser ce stock en quelques mois.

Par Louis Imbert (Le Monde, 2025)

Un détail fâcheux: quelques cuves d’uranium hautement enrichi, à 60%, environ 400 kilos d’un gaz jaunâtre serré dans des fûts d’aluminium de la taille de ballons d’eau chaude. Voilà ce qui pourrait demeurer du cœur du programme nucléaire iranien, sa part la plus dangereuse, après les frappes américaines de dimanche 22 juin. Ce serait assez pour que Téhéran relance discrètement un programme nucléaire militaire, afin de se doter d’une bombe en quelques mois, selon de premières estimations d’experts, si la République islamique prenait cette décision.

Comme une fausse note dans la marche triomphale jouée en Israël et à Washington, le vice-président américain, J.D. Vance, y a fait allusion dès dimanche. «Nous allons travailler dans les semaines à venir pour nous assurer que nous faisons quelque chose avec ce combustible, et c’est l’une des choses dont nous allons discuter avec les Iraniens», avançait-il sur la chaîne ABC. Le même jour, l’amiral Ali Shamkhani, conseiller du Guide suprême iranien, faisait aussi référence à ce stock radioactif, sur le réseau X. «Même en supposant la destruction complète des sites [frappés au matin par Washington], la partie n’est pas terminée, car les matériaux enrichis, les connaissances acquises et la volonté politique restent intacts», affirmait ce haut gradé, blessé le 13 juin par une frappe israélienne.

Pour l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), la priorité absolue est aujourd’hui d’inspecter ce stock d’uranium, affirmait, lundi, son directeur, Rafael Grossi. La veille, il avait rapporté à la presse que l’Iran reconnaissait avoir déplacé ces stocks pour les mettre à l’abri peu avant les frappes américaines. Des mouvements de véhicules ont été photographiés par satellites aux abords d’un site d’Ispahan, qui en ensablaient les accès. Ces cylindres sont aisément transportables: ils tiendraient dans les coffres d’une dizaine de voitures …