Un procès pour abus de confiance envers un oligarque russe, blanchiment et association de malfaiteurs s’ouvre à Marseille. L’homme d’affaires Pierre Grotz est l’un des principaux inculpés. L’affaire porte sur la vente de terrains inconstructibles en Corse.

Pierre Grotz aurait été le «faiseur de miracle». Celui qui aurait fait bondir la fortune de son client russe Vitaly Borisovich Malkin de 800 millions à 2 milliards d’euros en quatre ans, avant d’être accusé de lui avoir fait perdre de l’argent et d’avoir abusé de sa confiance en l’impliquant dans des investissements immobiliers hasardeux en Corse. Le Luxembourgeois va comparaître fin octobre à Marseille, aux côtés de neuf autres prévenus, pour des accusations d’abus de confiance, de blanchiment en bande organisée et d’association de malfaiteurs dans une affaire tentaculaire. Les faits en question auraient été commis en Corse, avec l’aide de holdings basées au Luxembourg, au Panama et aux Bahamas, ainsi que de banques en Suisse et à Saint-Marin.

Lundi 5 octobre, une audience préliminaire s’est ouverte devant le tribunal judiciaire de Marseille. Ce dossier, qui met en cause des circuits sophistiqués de blanchiment présumé après 18 ans d’enquête, donne la mesure de la complexité de l’affaire. Le procès devrait se dérouler sur une dizaine d’audiences.

Dix prévenus de haut rang

Le financier Pierre Grotz, 66 ans, et l’entrepreneur corse Jean-Noël Marcellesi, 68 ans, sont les principaux prévenus. Cinq autres hommes d’affaires, dont Yves Bayle, l’ancien administrateur-délégué de «Sella Bank Luxembourg», sont également sur le banc des accusés.

Trois autres hommes sont impliqués dans ce dossier en qualité de «témoins assistés», statut dans le droit pénal français à mi-chemin entre le simple témoin et une personne mise en examen. Parmi eux figure Laurent Ries, avocat au barreau de Luxembourg, pour des accusations d’escroquerie en bande organisée, de blanchiment d’argent et d’association de malfaiteurs en vue de la préparation d’un délit pouvant être puni de dix ans d’emprisonnement. L’ancien maire de Bonifacio, Jean-Baptiste Lantieri, partage le même sort que l’avocat.

La principale victime, partie civile au procès, est Vitaly Malkin ainsi que plusieurs de ses sociétés. Selon la procédure judiciaire consultée par Reporter.lu, ce Russe aurait investi un peu plus de 40 millions d’euros dans les opérations immobilières au cœur du procès.

Le point de départ de l’enquête, ouverte en novembre 2008 pour des soupçons de blanchiment et de malversations financières, repose sur des renseignements anonymes et vise initialement Jean-Noël Marcellesi et son groupe «Syracuse Investissements». À la tête de l’hôtel de luxe «Casa Del Mar» à Porto-Vecchio, l’entrepreneur cherche les moyens de le rénover. Il les trouve avec Vitaly Malkin, par l’entremise de Pierre Grotz, client de l’hôtel. Le Corse et le Luxembourgeois auraient été à la fois des amis et des partenaires en affaires, d’ailleurs bien avant l’entrée en scène de Malkin …