Le principal fabricant de cognac en Russie est détenu dans une structure luxembourgeoise qui est en faillite. Pour échapper à une dette fiscale de plus de 700.000 euros, ses actionnaires se sont relocalisés en catimini en Russie. Les juges ont annulé le transfert.

Deux industriels moscovites, Mikhail Movshevich, 56 ans, et Alexander Nikolaev, 52 ans, ont fait le choix, en 2016, de délocaliser la tête de pont de leur groupe de Chypre à Luxembourg. «Peregrina Ventures» disparaît ainsi du registre des sociétés de Nicosie pour une inscription aux «Luxembourg Business Registers» (LBR). Les deux hommes ne se cachent pas, leurs noms apparaissant derrière la société de patrimoine familial (SFP), successeur du holding 1929, détenue à 50/50.

La société faîtière contrôle la totalité du capital du groupe «Alliance 1892», le plus important producteur de cognacs de la Fédération de Russie, avec une part de marché de plus de 15%. La production dans l’usine de la région de Kaliningrad, se faisait à base de cognacs importés de France où le groupe avait acheté la célèbre maison «Distillerie Tessendier & Fils».

En 2022, selon le média russe d’investigation «The Russian Crime», les affaires périclitent. Le fabricant a été déclassé à la troisième place, après les sanctions de l’Occident contre le régime du président Vladimir Poutine. Toutefois, selon le même média, la baisse de production s’expliquerait davantage par les erreurs de gestion des actionnaires que par les sanctions contre la Russie. Les noms de Mikhail Movshevich et d’Alexander Nikolaev ne sont d’ailleurs pas inscrits sur la liste des personnes sanctionnées par les Occidentaux.

Notaire introuvable

A travers leur offshore Peregrina, les deux hommes se servent de copieux revenus qui passent sous les radars du fisc. Fin 2017, la société leur distribue des réserves pour 3,6 millions d’euros. En mai 2019, ils se partagent un dividende de 9,2 millions d’euros. Ils encaissent fin 2020 un dividende intérimaire de 3 millions d’euros. La publication des comptes 2022 de la SFP, qui n’emploie personne et dont le siège est hébergé par un domiciliataire, fait état de capitaux et réserves de 104 millions d’euros.

Mais au titre de l’exercice 2017, l’Administration des contributions directes réclame 709.000 euros d’impôts sur les capitaux. Les gérants ne répondant pas à ses rappels de paiement de la dette, le fisc luxembourgeois lance une assignation en faillite …