Le promoteur «GC Promotions» a maquillé son bilan pour un moratoire sur ses dettes. Un tribunal a mis fin à ses facéties. A l’arrêt pendant deux ans, le chantier d’une résidence au centre-ville d’Esch a repris, sans électricité et avec les créanciers en embuscade. 

Vendredi 11 décembre, place de l’Hôtel de Ville à Esch-sur-Alzette, en début de soirée, le marché de Noël bat son plein, le manège tourne et le vin chaud coule à flot. Malgré l’heure tardive, l’Hôtel de Ville est resté ouvert, sans aucun agent pour en filtrer l’accès. Seules, les femmes de ménage sont encore à l’œuvre.

Postés devant la salle de séance au premier étage, les représentants de la société immobilière «GC Promotions» attendent leurs invités pour une réunion d’information. Il s’agit de faire le point sur l’avancée des travaux d’un projet situé à quelques mètres de la mairie, à l’angle des rues de l’Alzette et de la Libération. Le chantier de la résidence mirage du «Scholesch Eck» a été laissé à l’abandon pendant deux ans. Derrière la palissade en bois, les travaux ont repris cahin-caha dix jours plus tôt. L’électricité ayant été coupée, les ouvriers travaillent à l’aide de générateurs alimentés par du diesel. Des entreprises ont accepté de travailler au rabais et sans demander d’acomptes.

Le promoteur est aux abois et cherche à rassurer les acquéreurs des 26 appartements de la résidence qui attendent la livraison de leurs biens achetés sous le régime de la Vente en état futur d’achèvement (VEFA). Seuls cinq acheteurs répondent à l’appel, le 11 décembre. Les autres futurs propriétaires, à bout de nerfs, ont boycotté la réunion.

Un narratif illusoire

Les représentants de GC Promotions veulent à tout prix éviter la mise en faillite: «A notre sens, ce serait la pire solution (…). On est ici pour sauver vos appartements (…) Laissez-nous la chance de continuer», implorent-ils. Ils jouent sur la peur, à coup de narratif spécieux: «Si la faillite est prononcée, les travaux s’arrêtent. Eurocaution (le courtier de l’assureur Stonefort, garant de l’achèvement, ndlr) les reprendra, mais il n’a jamais fait ça. Dans la faillite de Cenaro par exemple, aucun travail n’a encore commencé», affirment-ils. Les propos ne correspondent pas à la réalité, le garant «Stonefort» ayant déjà suppléé à plusieurs promoteurs défaillants pour terminer et livrer des logements achetés sur plan.

En outre, la référence à l’affaire «Cenaro» surprend. La faillite du groupe en 2023 a laissé des centaines d’acheteurs dans l’incertitude de prendre un jour possession de leurs logements. Son fondateur, Christophe Chevallier, est au coeur de poursuites pénales pour abus de confiance et abus de biens sociaux. Son groupe incarne tous les travers de la financiarisation à l’extrême du marché immobilier résidentiel au Luxembourg, comme l’ont montré les enquêtes menées par Reporter.lu.

La dette de la commune a été annulée, ce qui a été validé au conseil échevinal. Tout le monde veut aider. »
Un représentant de GC Promotions

La réunion eschoise se poursuit par les remerciements au conseil échevinal d’Esch qui a mis gracieusement sa grande salle à disposition. La magnanimité des édiles communaux envers la société fondée par le promoteur Kindy Fritsch ne s’arrête pas là. Le conseil échevinal a effacé la créance de GC Promotions de près de 160.000 euros correspondant à une facture impayée pour frais de voierie. «La dette de la commune a été annulée, ce qui a été validé au conseil échevinal. Tout le monde veut aider», se félicite le juriste de GC Promotions.

Contacté par Reporter.lu, le service presse de l’administration communale confirme avoir renoncé à ses factures de voierie …