La démarche est inédite et témoigne du malaise des «nouveaux curés» au sein de l’Eglise catholique. Moins bien payé, un prêtre a assigné l’archevêché devant le tribunal du travail afin d’obtenir une augmentation de salaire et une rémunération alignée sur celle des laïcs.

La paroisse Iewescht Syr Saint-Esprit n’assure plus de secrétariat régulier depuis plus de six mois. Le curé, qui est l’administrateur de cette grande paroisse de l’Est s’étendant sur les quatre communes de Contern, Niederanven, Sandweiler et Schuttrange, est en congé maladie. «Pour cause de maladie, notre bureau restera fermé au public jusqu’à nouvel ordre», annonce sa page «Facebook» depuis le début de l’année 2026. Pour l’organisation des enterrements, il est renvoyé à un numéro de téléphone et à une adresse mail pour toute autre demande.

«Il n’y a pas d’interruption de l’activité pastorale de la paroisse», assure néanmoins le service presse de l’église catholique à la demande de Reporter.lu. La continuité des célébrations ainsi que le fonctionnement du secrétariat seraient assurés, poursuit l’attaché de presse.

En avril 2017, un an après la réforme ayant débouché sur la séparation de l’Eglise et de l’Etat, Jean-Claude Hollerich, l’archevêque de Luxembourg, signe un décret archiépiscopal rationalisant la gestion du culte face à la raréfaction de ses sources financières, la pénurie de prêtres et la démotivation des chrétiens pour les activités paroissiales. «Le salut des âmes des paroissiens concernés et le bien de l’archidiocèse tout entier seront mieux servis par la suppression des petites paroisses et l’érection de paroisses plus grandes», écrit l’archevêque. La paroisse Iewescht Syr Saint Esprit est créée, issue de la fusion de deux communautés.

68% des prêtres privilégiés

Presque dix ans plus tard, l’Eglise catholique peine toujours à faire assurer des services liturgiques dans ses églises, faute de curés. L’archevêché recrute une partie de sa main d’œuvre dans des communautés évangéliques étrangères. Six ordinations seulement sont intervenues en six ans.

Parallèlement, l’église fait face à la frustration de ses officiers du culte en raison de la différence de traitements entre ceux qui ont été recrutés avant la réforme de 2016 sous le statut de fonctionnaires d’Etat et les nouveaux venus sous contrats d’employés privés, nettement moins bien lotis. Les salaires bruts mensuels de base de ces curés salariés étaient compris entre 3.000 et 3.700 euros en 2020, selon les chiffres avancés par Jean-Claude Hollerich dans Paperjam.

Les salaires mensuels des simples curés de l’ancien régime, assimilés aux fonctionnaires d’Etat au niveau des traitements et des pensions, représentaient alors entre 4.865 euros bruts, en début de carrière, à 9.075 euros en fin de carrière, selon une convention de 1997 entre l’Etat et l’archevêché. Un coordinateur pastoral, équivalent d’un administratrateur commençait avec une rémunération de 6.667 euros brut pour la terminer à 12.157 euros. Les avancements en traitement de deux échelons supplémentaires dans la grille de la fonction publique interviennent après trois ans de «bons et loyaux services».

Dans le clergé, 68% des membres relèvent du régime privilégié d’avant 2016. Les autres prêtres touchent à peine le salaire social minimum et ont désormais des loyers à payer. L’archevêché assure dans un mail à Reporter.lu que les rémunérations et conditions contractuelles de ses curés salariés ne peuvent être appréciés «sur la seule base d’un montant salarial isolé …