Le gouvernement luxembourgeois veut préparer les citoyens à une situation de crise. Mais la vraie question, c’est: l’État est-il prêt? La réponse est clairement non. Car le gouvernement manque de sérieux dans la gestion des crises et des risques géopolitiques. Commentaire.

«On n’est pas en guerre, mais on n’est plus non plus en temps de paix», a déclaré le Premier ministre Luc Frieden (CSV) lors de la présentation du guide destiné à permettre aux citoyens d’être autonomes pendant 72 heures en cas de crise. C’est une déclaration extraordinaire de la part d’un chef du gouvernement, qu’il ne met pourtant pas en contexte.

Mais qui est donc cet adversaire potentiel face auquel le Luxembourg serait sur le point d’entrer en guerre? Que fait le gouvernement pour empêcher ce scénario de guerre potentiel? L’État et les infrastructures comme le réseau électrique, les systèmes de communication et l’approvisionnement en eau sont-ils ne serait-ce qu’un tant soit peu préparés à ce scénario?

Luc Frieden n’a pas répondu à ces questions. Non, les citoyens voulaient plus d’aide pour «être prêts», a-t-il dit. «Et pour être tout à fait honnête, on est tous dans le même cas. On se dit: ‘Oui, ça pourrait arriver, mais qu’est-ce que je dois faire dans ce cas-là?’», a-t-il alors résumé, sans le vouloir, l’état d’esprit du gouvernement. Mais les expériences tirées des crises relativement bénignes de ces dernières années font douter que le gouvernement soit vraiment intéressé par une gestion sérieuse des crises. Les défaillances sont trop nombreuses, les conséquences pour les responsables trop absentes.

Le manque de courage pour parler sans détours

Luc Frieden a cité le gouvernement néerlandais comme source d’inspiration pour sa déclaration sur la zone grise entre la guerre et la paix. En effet, fin 2024, Ruben Brekelmans, alors ministre néerlandais de la Défense, avait tenu des propos presque identiques. Mais il avait aussi précisé qui il fallait dissuader: la Russie et la Chine.

La veille même de la conférence de presse de Luc Frieden, l’actuelle ministre néerlandaise de la Défense en a rajouté une couche. «La Russie n’est plus “l’agresseur”. […] La Russie est notre ennemi. Et non, ça ne veut pas dire qu’on est en guerre, mais la paix insouciante est aussi très loin», a déclaré Dilan Yeşilgöz-Zegerius au Parlement de La Haye.

Il n’y aurait eu aucun danger lors des incidents liés aux drones, car il ne s’est rien passé: telle était l’analyse irréfutable du Premier ministre.»

Le gouvernement CSV-DP ne fait pas preuve d’une telle clarté. En réaction aux incidents liés aux drones en septembre, Luc Frieden a soigneusement évité toute référence à la Russie. Ce ne serait pas responsable, a-t-il souligné. Mais si on ne sait pas qui est l’adversaire, on ne peut pas parler de guerre …