Laurent Zeimet, chef du groupe CSV, insiste à la fois sur une politique gouvernementale cohérente et sur un pouvoir législatif plus affirmé. Entretien sur des réformes insuffisantes, le besoin d’une nouvelle modestie et les cartes que le Premier ministre doit encore jouer.

Interview: Christoph Bumb

Monsieur Zeimet, avant de vous lancer en politique, vous étiez journaliste au «Luxemburger Wort». Si vous l’étiez encore aujourd’hui, quel titre donneriez-vous à votre prochain éditorial sur la rentrée politique et le programme gouvernemental restant?

Sous pression.

D’où vient cette pression ?

Elle vient des défis de notre époque, des citoyens, mais aussi des membres du parti. Mais, voyons voir, il faudrait d’abord que j’écrive cet éditorial. (rires) On pourrait aussi opter pour: Grandes attentes. Ou: Sous la pression des attentes.

Partagez-vous ce point de vue dans votre rôle actuel de chef de groupe parlementaire du CSV?

La pression des attentes est bien réelle. Et les défis sont énormes. Les guerres, le changement climatique, l’absence de croissance économique… Un gouvernement ne peut pas y rester insensible.

Vous ne considérez pas les finances publiques comme l’un des grands défis? Cela semble pourtant tout à fait correspondre à la ligne du gouvernement…

Je ne partage pas ce point de vue. Le prochain budget sera bientôt présenté au Parlement. Ce budget devra être durable et tourné vers l’avenir. Notre dette ne peut pas continuer à croître indéfiniment. Même au milieu de toutes ces crises, on ne peut pas se contenter de dire à chaque fois: «Ce qu’il faudra, on le paiera.»

Ce n’est pourtant pas le premier budget de ce gouvernement qui affiche un déficit massif. Un budget équilibré ne semble même plus être un objectif à l’heure actuelle…

Il faut reconnaître que cela n’est pas non plus considéré comme une priorité absolue par la population. Nous pourrions en théorie équilibrer le budget dès demain. Mais je doute que cela recueille un large soutien. Et je ne pense pas non plus que cela permettrait de relancer la croissance ou de résoudre d’autres problèmes.

Ce serait en effet l’autre extrême. Autrement dit: à quel moment précis le CSV a-t-il renoncé à faire de la santé des finances publiques et de l’équité entre les générations des objectifs politiques?

Je ne partage pas ce point de vue non plus. Le CSV reste un parti qui tient à la bonne santé des finances publiques et qui ne souhaite pas mener une politique au détriment des générations futures. Après tout, ce gouvernement a adopté une réforme des retraites, certes modeste, qui ne saurait suffire à elle seule, mais qui était déjà controversée et ne va pas de soi.

Il faut éviter l’impression que nous approuvons tout ce qui nous est présenté et que nous faisons passer les textes par les différentes instances. Le Parlement doit réellement avoir son mot à dire.»

Pourtant, la dette augmente, les impôts ont été réduits sans contrepartie budgétaire et la croissance se fait toujours attendre. Ce seront inévitablement les gouvernements à venir qui devront faire face aux conséquences de cette politique.

Il faut bien reconnaître que la situation actuelle est difficile. Précisément parce que nous n’avons pas assez de croissance. C’est pourquoi l’approche visant à prendre des mesures pour favoriser la croissance économique est la bonne. Si, dans cette situation, le gouvernement menait une politique d’austérité, cela ne résoudrait en tout cas rien. La ligne de conduite de ce gouvernement est dictée par la réalité. Et pourtant, l’équilibre budgétaire durable doit bien sûr rester l’objectif.

Comment pourrait-on à nouveau atteindre cet objectif dans un avenir proche?

Pour moi, il est clair que les dépenses ne peuvent pas continuer à augmenter indéfiniment. Cela vaut également pour l’administration publique. Quand je vois le nombre de personnes que l’État recrute chaque année, je me dis qu’il faut aussi s’adapter à l’évolution mondiale. Si l’économie ne croît que d’un ou peut-être deux pour cent, comme c’est le cas actuellement, les dépenses ne peuvent, même avec la meilleure volonté du monde, augmenter de manière exponentielle à long terme …