Le procès de l’ex-patron de Namur pour contester son licenciement a mis en lumière une gestion désastreuse de l’entreprise familiale. Le tribunal du travail a dénoncé certaines pratiques. Le parquet a toutefois renoncé à ouvrir un second front contre l’ancien dirigeant.

Le juge du travail jurait qu’il ne fermerait pas les yeux sur les agissements de l’ancien dirigeant de la confiserie Namur, lequel l’avait saisi pour trancher un conflit avec son ex-employeur. Le magistrat a tenu parole en communiquant au parquet le dossier de fraude présumée que le plaignant Max Nickels avait lui-même livré au tribunal, sans anticiper que l’affaire pouvait se retourner contre lui. Le parquet vient de classer l’affaire, trois mois après en avoir été saisi. Une page sombre de l’histoire de la célèbre pâtisserie ne se tourne pas pour autant. Son ancien patron entre 2009 et 2023 n’en a pas fini avec la justice.

Limogé en 2023 de l’entreprise familiale en 2023 dont il avait pris la tête en 2009, Max Nickels demande à la juridiction du travail la condamnation de Confiserie Namur à 900.000 euros de réparations financières pour licenciement abusif. La procédure est toujours pendante, plus de deux ans après son introduction. Son premier acte s’est ouvert en janvier dernier et devrait se poursuivre fin octobre prochain avec un intermède intervenu fin avril ayant validé la compétence du tribunal de travail.

L’automne sera donc le théatre d’un nouvel épisode d’une saga familiale qui passionne les Luxembourgeois. Créée il y a plus de 150 ans, la pâtisserie a entrepris après le départ de Max Nickels des changements importants dans sa gouvernance et la gestion de ses implantations. Le magasin historique de la rue des Capucins va fermer pour laisser place à une boutique au centre ville qui va incarner le rajeunissement de l’enseigne.

La société comme propre tirelire

La première audience de janvier, relayée par Reporter.lu, a été marquée par des échanges féroces entre les parties. Les accusations fusaient de toute part sur les raisons de la mise à pied de Max Nickels, fils et neveu des actionnaires du groupe Namur, Jean-Paul et Max «Senior». Le magistrat en charge du litige n’avait pas caché sa consternation face au déballage décomplexé de la gouvernance désastreuse de la firme familiale.

La défense de Max Nickels ne s’attendait pas non plus à ce que la partie adverse détaille, en audience publique, des faits ayant justifié le départ de l’administrateur-délégué. L’avocat espérait que les débats se limitent à des points de procédure, principalement à la compétence du tribunal de travail pour traiter le dossier. La manœuvre visait probablement à faire monter la pression sur la famille en vue d’une conciliation sur le paiement d’indemnités de licenciement. Le juge ne s’est pas laissé instrumentaliser.

Max Nickels n’aurait que rarement eu le pouvoir de dire oui ou non à son père, il n’aurait pas eu de ‘main prise’ sur l’entreprise. »Un des témoins dans le procès du travail

De son côté, l’avocat de Confiserie Namur n’est pas rentré dans le jeu de la partie adverse. Sans retenue, il est entré dans le vif du sujet en dévoilant le contenu de la lettre de licenciement pour faute grave. Un véritable brûlot de 12 pages mettant en cause la propension de l’administrateur-délégué à se servir dans la société comme s’il s’agissait de sa propre tirelire, utilisant la carte de crédit de l’entreprise à des fins privées et les cartes de carburant pour remplir les réservoirs des véhicules de ses enfants et de son épouse. La société payait les frais de réparation du véhicule de Madame et les impôts du ménage. Outre qu’il se servait un salaire mensuel de près de 28.000 euros bruts, qu’il s’était fixé lui-même, Max Nickels faisait payer par la société ses cotisations sociales ainsi que ses impôts personnels …