Lors de sa visite en septembre, le pape François est reparti avec dans ses valises une gravure religieuse du 18e siècle. Son prix de 4.500 euros dépasserait largement sa valeur. La pratique des échanges de cadeaux avec les dignitaires étrangers n’est pas encadrée.

Luc Frieden (CSV) a attendu le dernier délai règlementaire pour répondre à la députée Liz Braz (LSAP), qui l’interrogeait, quelques jours après la visite officielle du pape François, sur la valeur estimée d’une gravure du 18e siècle que le grand-duc Henri a offerte au chef de l’église catholique.

Dans un article du «Luxemburger Wort», l’historien de l’église, Georges Hellinghausen indiquait que l’estampe avait «une grande valeur», sans pour autant évoquer de prix.

La réponse a été fournie par le Premier ministre le 4 novembre. «En prenant en compte tous les frais (restauration de la gravure, confection d’une boîte), le cadeau officiel revient à 4.500 euros», indique Luc Frieden dans le document parlementaire. La valeur «à assurer» de la gravure a été fixée par une expertise indépendante à 3.000 euros.

Invitation à la pudeur

La réponse du ministère d’Etat est un exemple de l’art de l’esquive. Ses services jouent sur les mots, car une «valeur à assurer» ne reflète pas automatiquement la valeur de marché d’une œuvre. D’autant que l’art religieux trouve difficilement son public hors d’un petit cercle catholique et de dévots au culte marial.

La gravure est une représentation de Notre-Dame de Luxembourg, consolatrice des affligés. D’ailleurs, Luc Frieden invite à la prudence, voire à la pudeur, lorsqu’il s’agit de valoriser des cadeaux financés par le denier public: «Il est préférable de ne pas attribuer de valeurs aux cadeaux offerts par des dignitaires étrangers afin d’éviter des comparaisons inopportunes», fait-il savoir.

La circonspection avec laquelle le chef du gouvernement s’exprime et le temps que ses services ont mis à répondre confirment la sensibilité de la question parlementaire autour de cette œuvre offerte au pape. Ce cadeau officiel, comme tous les autres «cadeaux officiels offerts lors de visites d’Etat par le grand-duc (la visite du pape était une visite officielle, de moins haut niveau, ndlr) sont imputés au budget de la maison du grand-duc» précise Luc Frieden dans sa réponse. Pour autant, il s’agit de dépenses publiques pour lesquelles un devoir de transparence s’impose …