Le promoteur Pierre Thomas est rattrapé par son passé d’homme de la nuit. Sa gestion controversée d’une discothèque lui a valu une inculpation pour faux bilans et abus de biens sociaux. Un autre front judiciaire s’est ouvert dans le cadre de ses affaires immobilières.
Pierre Thomas vient provisoirement d’échapper à un procès en diffamation qui l’a ramené à son ancienne vie d’homme des nuits luxembourgeoises, il y a presque dix ans. Il était alors gérant du «Bypass», une discothèque de la rue des Bains. Il est désormais connu pour proposer des investissements dans le «luxury high-end», notamment dans des luxueuses villas en Floride.
L’homme d’affaires franco-luxembourgeois s’apprête à lever entre 50 et 80 millions d’euros, selon ses propres dires, dans un fonds d’investissement alternatif. Il s’agit du deuxième fonds de type «RAIF» depuis qu’il est actif dans le secteur de l’immobilier de luxe. La première expérience dans ce type d’investissement collectif à régulation des plus légères et destiné à des investisseurs «avertis», misant 125.000 euros au minimum, ne s’est pas révélée très heureuse.
Fin septembre, un de ses anciens partenaires dans la discothèque Bypass, fermée depuis bientôt dix ans, l’assigne en diffamation dans le cadre d’une citation directe. Le plaignant, un certain Kader Chergui, met en cause un courriel et une publication sur le site internet de la boîte de nuit, peu après sa fermeture. Les faits remontent à l’automne 2015. Une première citation avait été initiée par Kader Chergui en décembre 2015, mais la procédure avait été gelée en raison d’une autre affaire pénale lancée contre lui par ses ex-partenaires, dont Pierre Thomas. Pour autant, Chergui n’est pas un enfant de choeur. Il avait fait l’objet d’un mandat d’arrêt en France en 2005, selon les informations relayées par Pierre Thomas.
Renvoi en correctionnel pour faux bilan
Ses associés se seraient distancés de Kader Chergui en raison de son CV, remontant à dix ans en arrière. Propriétaire de l’immeuble du Bypass et son ancien «directeur artistique», Chergui est accusé de la fermeture intempestive de la boîte de nuit (qui n’avait plus d’autorisation commodo-incommodo) qu’il exploitait notamment avec Pierre Thomas via la société «Night Lounge Luxembourg». Les publications sont suivies d’une plainte avec constitution de partie civile en mars 2016 visant Chergui. Ses accusateurs lui reprochaient un «abus de confiance ou escroquerie». La plainte a débouché en février 2023 sur un non-lieu.
Kader Chergui blanchi, il relance de la citation directe, laquelle réapparaît à l’audience le 27 septembre dernier. Le 24 octobre, le tribunal correctionnel déclare l’action publique prescrite, sans examiner le fond de l’affaire. Selon les informations de Reporter.lu, il y a appel du jugement.
La procédure en diffamation croise une autre vieille histoire avec ses anciens associés dans le monde de la nuit. Kader Chergui a reproché à trois administrateurs de Night Lounge d’avoir fait passer par la société des dépenses privées à la fin des années 2000.
Une plainte a abouti, après des années d’enquêtes et de rebondissements, sur l’inculpation, entre autres, de Pierre Thomas pour faux bilans et abus de biens sociaux. Les montants en jeu frisent le million d’euros. Renvoyé devant un tribunal correctionnel par la Chambre du conseil le 26 juin dernier, l’homme d’affaires a fait appel. Dans l’ordonnance de première instance que Reporter.lu a consultée, Pierre Thomas faisait valoir le dépassement du délai raisonnable, les faits remontant à 2006 pour les plus anciens.
Contacté par Reporter.lu, Pierre Thomas qualifie les démarches judiciaires de son ex-associé de «vengeance personnelle». Il communique aussi à la rédaction la copie datée du 29 septembre dernier du bulletin n. 3 de son casier judiciaire, vierge.
Nous sommes une cinquantaine d’imbéciles à avoir eu confiance et mis notre argent dans le fonds.“Un investisseur du fonds Premium en liquidation
Après avoir dirigé une discothèque ainsi qu’un magazine de divertissement sur la vie nocturne et s’être retrouvé un temps au chômage, Pierre Thomas a mis son énergie au service de l’immobilier de luxe, fort d’un beau carnet d’adresse et d’un consistant réseau d’apporteurs d’affaires. Cette activité a d’abord pris la forme d’un «club deal» immobilier, sous la marque «La Vie est Belle», investissant entre autres dans des projets de villas de luxe en Floride. Un club deal rassemble un groupe d’investisseurs qui se cotisent autour de projets immobiliers.
Défection de la banque dépositaire
En parallèle de cette activité et pour lever davantage de capitaux, l’homme d’affaires est passé à la vitesse supérieure. Il lance en 2020 sous l’impulsion de ses partenaires venus pour l’essentiel du secteur financier, un premier fonds d’investissement alternatif sous le nom de «Premium Real Estate Fund» (Premium). Les débuts sont prometteurs, mais les associés se brouillent assez vite.
«La jalousie, la mauvaise foi et l’obstination de mes associés ont causé une situation de blocage par rapport à laquelle je ne voyais pas d’autre issue, dans l’intérêt des investisseurs, que la mise en liquidation volontaire du fonds», explique Pierre Thomas dans un courriel à Reporter.lu …
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