Criblée de dettes, Bonn & Schmitt est en sursis. Les difficultés de la firme remontent à loin, sans que ses associés n’aient pris des mesures efficaces pour réduire leur train de vie. Un administrateur judiciaire s’en charge désormais. Récit des errances d’une étude iconique.
L’étude Bonn & Schmitt est face au mur. Son fondateur Alex Schmitt doit éponger les dettes d’une firme qui s’est montrée incapable de surmonter la normalisation de la place financière et la fin de l’optimisation fiscale décomplexée. Cas exceptionnel, le Barreau a placé le 18 juillet dernier l’étude sous administration judiciaire pour organiser ce qui ressemble davantage à une liquidation qu’à un sauvetage. Il faut assurer, en attendant un éventuel baisser de rideau, le «bon fonctionnement» de la société dans l’intérêt des clients, des tiers et des salariés.
Bonn & Schmitt était sous perfusion depuis au moins deux ans, après la défection de plusieurs avocats chevronnés en raison d’une mésentente avec Alex Schmitt et d’une gouvernance à la dérive. La discorde entre les associés n’est pas nouvelle. Le turn-over affole les compteurs depuis dix ans, comme l’a relevé une recherche de Reporter.lu en 2023.
En quête d’une porte de sortie
Cette année, face à une situation financière désastreuse, les associés appellent le bâtonnier à l’aide. L’un d’eux, Cédric Bellwald, a déjà claqué la porte le 9 juillet, selon une publication au Luxembourg Business Register (LBR), pour fonder avec un autre de ses confrères, l’étude «JBV & Partners». Ce départ va précipiter la fin. Le 15 juillet, Alain Grosjean, fidèle allié d’Alex Schmitt, présente à son tour sa démission. Trois jours plus tard, Pit Reckinger, bâtonnier sortant, prend une «mesure conservatoire», l’administration provisoire, et confie la mission à l’avocat Yann Baden. Ce dernier a alors deux mois, jusqu’au 15 septembre, pour trouver une porte de sortie.
La mesure a été reconduite depuis lors et devrait s’achever avant la fin de cette année, selon les vœux du Barreau de Luxembourg. Alex Schmitt, tel un capitaine qui ne quitte le navire que lorsqu’il coule, a remis sa démission le 24 juillet.
L’étude Bonn & Schmitt connaît (…) une situation financière structurellement déficitaire, marquée par une accumulation croissante de dettes et par l’absence de perspectives de redressement. »Pit Reckinger, bâtonnier sortant
A l’automne 2023, le fondateur de l’étude assure pourtant dans un message à ses équipes que les affaires vont bien. L’avocat d’affaires et mentor du Premier ministre CSV Luc Frieden (il y a débuté sa carrière d’avocat), répond à un article de Reporter.lu ayant relayé les déficiences de la gouvernance et la gestion dispendieuse du cabinet d’avocats. Selon nos informations, Alex Schmit lance une traque pour identifier le ou les auteurs des fuites d’information. Il fulmine contre notre rédaction: «Reporter fait partie de la presse de boulevard, comme le «Bildzeitung» et autres feuilles de chou à sensation», écrit-il rageusement à ses troupes. «Je peux vous assurer, au nom du conseil de gestion, que la nouvelle gouvernance fait ses preuves et que nos affaires florissent», avance-t-il.
Or, les chiffres lui donnent tort et rendent compte d’une situation financière tout sauf brillante ou «florissante» …
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