Un gérant de fortune est dans le viseur du parquet et du régulateur du secteur financier pour ses liens supposés avec les milieux criminels. Ses dirigeants ont tenté de survivre à leurs déboires judiciaires, alors que la poursuite de l’activité n’avait plus de sens sur le plan économique.
La société «Diversified Asset Management S.A.» n’a pas eu droit à la rédemption ni à son rachat, malgré les efforts de ses actionnaires pour le garder coûte que coûte en vie, alors que tous les voyants étaient au rouge. Sa liquidation judiciaire, au cœur de l’été, est l’aboutissement d’un bras de fer avec la Commission de surveillance du secteur financier (CSSF), avec le soutien du parquet.
La fin de parcours du gérant de fortune témoigne d’un durcissement de la lutte contre le blanchiment. Les autorités ne veulent laisser planer aucun doute sur leur détermination à fermer des officines qui financent, de près ou de loin, une clientèle infréquentable. L’urgence est d’autant plus grande qu’un nouveau round d’évaluation va s’ouvrir dans moins de quatre ans, en 2030, avec le Groupe d’action financière (GAFI), organe de l’OCDE en charge de l’évaluation de la conformité des dispositifs du Luxembourg de répression de la criminalité financière. Le terrain se prépare maintenant.
Printemps 2026, Diversified Asset Management demande au tribunal de commerce de lui accorder le bénéfice du sursis de paiement pour six mois, au titre de la loi du 18 décembre 2015 sur les défaillances des banques et des entreprises d’investissement. Les avocats du gérant de fortune ne s’opposent pas à la nomination d’un ou de plusieurs administrateurs pour passer sous le régime de la gestion contrôlée.
La CSSF en embuscade
La saisine du tribunal fait suite au blocage de ses comptes et des avoirs de clients intervenu les 30 janvier et 2 février 2026, à la demande de la Cellule de renseignement financier (CRF), l’organe du parquet en charge de la lutte anti-blanchiment. Quelques jours plus tôt, une instruction judiciaire avait été ouverte sur réquisitoire du procureur d’Etat visant le gérant de fortune, son actionnaire direct «GMD Partners», deux de ses administrateurs et plusieurs actionnaires ultimes, tous Italiens.
La société (…) est soupçonnée de proposer plusieurs services à des fins illicites et frauduleuses à des individus et entités liés directement ou affiliés à des organisations criminelles internationales (…). » Jugement de la Cour d’appel du 8 juillet 2026
Cerné par la justice mais pas coulé, le gérant de fortune cherche alors une issue pour survivre, payer ses employés (moins de dix selon les comptes 2024, derniers disponibles) ainsi que ses fournisseurs. L’entité financière, qui a son siège sur le boulevard Royal, reste peu visible sur la place financière, ses dirigeants ne s’exposent quasiment pas dans les médias locaux. La société a peu de clients, son manque de rentabilité presque structurelle interroge les autorités sur les raisons qui poussent ses actionnaires à maintenir sa présence sur la place et à conserver sa licence financière.
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