Les actionnaires de l’enseigne de supermarchés «Grand Frais» ont été condamnés pour fraude à la TVA sur des Ferrari. L’affaire a été traitée dans la discrétion. Récit du parcours détonant d’un jugement sur accord qui ressurgit des archives de la justice.
Les frères Bahadourian, Gabriel et Patrick, principaux actionnaires de l’enseigne de supermarchés «Grand Frais», n’aiment pas faire étalage de leur fortune, bien qu’ils affichent tous les codes des millionnaires. Leurs noms sont apparus bien malgré eux dans les «Panama Papers», les millions de fichiers renseignant un scandale d’évasion fiscale. Les documents explorent la structuration de leurs affaires qui mène au Luxembourg, le quartier général de leur groupe.
La réussite des héritiers d’épiciers lyonnais, classés parmi les 500 plus grandes fortunes de France, intéresse alors les médias ainsi que le fisc luxembourgeois. En 2020, le site d’informations «Mediacités» consacre des articles à leur activité et à leur partenaire dans Grand Frais, Denis Dumont, dont la tête de groupe, «Fondamental Group», est aussi installée au Luxembourg.
Contrôleur fiscal en embuscade
Si Gabriel et Patrick Bahadourian se sont refusés à parler aux journalistes du choix de la juridiction grand-ducale, leur avocat fiscaliste du Barreau de Luxembourg, Me Michaël Dandois, ne s’est pas montré avare de déclarations pour expliquer la délocalisation. «Ils en avaient marre de la France», souligne l’avocat en dénonçant la pression fiscale à laquelle ses clients étaient soumis dans l’Hexagone: «Le problème qu’ils ont rencontré, c’est la pression fiscale, pas seulement les impôts. Ces gens-là, je pense, vivaient avec un contrôleur fiscal dans leur bureau».
Pour autant, les deux entrepreneurs ne vont pas échapper à une dénonciation du fisc luxembourgeois en 2021 puis à une enquête pénale un an plus tard.
As de l’optimisation fiscale pour une clientèle internationale pas toujours fréquentable, Michaël Dandois accompagne les frères Bahadourian dans leur développement depuis 2007, année de la constitution de Euro Ethnic Foods, une des sociétés de contrôle de l’activité de grossiste en France et à l’international.
Des magasins «Grand Frais» ouvrent depuis lors en Belgique, en Italie et au Luxembourg en 2020. Le contrôle du capital des supermarchés est partagé avec l’entrepreneur Denis Dumont, qui a fondé l’enseigne et ouvert son premier magasin de produits frais en 1992 dans la région lyonnaise. Il en existe désormais plus de 320 pour un chiffre d’affaires de 4,6 milliards d’euros à la fin mars 2025, selon les sites spécialisés «lineaires.com» et «lsa-conso.fr».
Le cabinet de Michaël Dandois à Luxembourg-Ville domicilie, dans un premier temps, les sociétés de la famille Bahadourian avant que les entrepreneurs français, résidents en Suisse dans le canton de Genève, donnent de la substance à leurs structures grand-ducales en achetant un bâtiment et en embauchant du personnel local.
Une volonté d’anonymat
Dans son entretien à «Mediacités» en 2020, l’avocat indique que les structures encore restantes hébergées dans son étude sont en passe d’être liquidées. L’une d’elle s’appelle «LGF Racing». Constituée en 2008 par Euro Ethnic Foods, son objet social est «l’achat vente, le tuning, la préparation, le transport, la location et la mise à disposition de voitures de sport». Les seuls actifs de la société sont deux «Ferrari» de course, qui servent l’intérêt personnel des frères Bahadourian et celui de leur partenaire Denis Dumont qui en fut un co-actionaire avant de se retirer de l’affaire. L’avocat Michaël Dandois évoque, dans l’entretien avec Mediacités, la volonté d’anonymat de ses clients français: «En Suisse, avec une plaque d’immatriculation, vous allez sur Internet et vous savez à qui appartient le véhicule». Or, ces voitures ne sont pas homologuées pour rouler sur la voie publique …
Déjà abonné? Connectez-vous!

