L’offre de cours de luxembourgeois n’a probablement jamais été si diversifiée au Grand-Duché. Alors que la loi du 20 juillet 2018 relative à la promotion de la langue vient d’entrer en vigueur et que la demande est en augmentation, les différents moyens proposés pour apprendre le lëtzebuergesch se valent-ils?

Schwätzt Dir lëtzebuergesch ? La question est posée par la couverture du manuel de luxembourgeois que tout débutant a dû se procurer en même temps qu’il faisait connaissance pour la première fois avec une langue qu’il côtoie souvent, mais dont il ignore tout. À commencer par son intérêt, notamment chez les frontaliers belges et français, qui évoluent dans un pays où dans à peu près n’importe quel bourgade, la langue de Molière est une issue de secours incontournable.

Mais si le fameux manuel édité pour la première fois en 2015 par l’Institut national des langues a vu le jour, c’est qu’un intérêt existe pour la langue, de même qu’une offre de cours, qui semble aujourd’hui de plus en plus vaste, à un moment où les initiatives de promotion de la langue luxembourgeoise se font de plus en plus nombreuses et que la loi du 20 juillet 2018 vient d’entrer en vigueur.

L’apprentissage du luxembourgeois dans les communes

Chaque année, au mois de septembre, au Lycée Technique Mathias Adam de Lamadeleine, la file d’attente pour l’inscription au cours de luxembourgeois s’allonge. Une demi-douzaine de personnes se charge de l’accueil des futurs apprenants. Trois sont à la caisse, trois autres distribuent des stylos et des formulaires d’inscriptions. C’est le syndicat d’initiative et de tourisme de la commune de Pétange qui organise ces sessions de cours du soir qui attirent de plus en plus de personnes désireuses d’élargir leurs compétences linguistiques.

Travailleurs frontaliers, mères de famille, retraités ou demandeurs de la nationalité viennent s’inscrire. «C’est très important pour moi de connaître les bases de la langue si je veux pratiquer au Luxembourg. Dans un métier où priment les interactions, il est indispensable de pouvoir communiquer un minimum en luxembourgeois» explique Christophe, éducateur spécialisé français qui débute sa deuxième année de cours.

Je fais surtout ça pour avoir le certificat car en réalité, ça fait un an que je suis en cours et je ne sais rien dire de spécial. »Un participant

Mais les travailleurs frontaliers sondés admettent presque à l’unanimité que leur inscription dans ces cours est surtout un geste de bonne volonté adressée soit à leurs employeurs actuels, soit à leurs futurs employeurs dans le cas d’une candidature. Car eux-mêmes l’avouent avec lucidité : ils ne seront jamais capables de tenir une conversation en luxembourgeois. En première année de cours, on y aborde l’alphabet, les chiffres, un peu de conjugaison et de grammaire et les vocabulaires des situations courantes. «Je fais surtout ça pour avoir le certificat car en réalité, ça fait un an que je suis en cours et je ne sais rien dire de spécial» avoue un jeune homme en deuxième année.

Sa pensée résume un peu l’état d’esprit général au sujet du luxembourgeois, du point de vue des étrangers.  En moyenne au Luxembourg, un résident parle deux langues, selon un chiffre du Statec de 2017 et le français est utilisé par plus de la moitié des résidents. Avec en plus la présence de l’allemand, du portugais ou de l’anglais, il est donc facile de se passer du luxembourgeois.

Un investissement conséquent de tous les partis

À Pétange, trois jours de cours sont proposés au choix dans la semaine, mardi, mercredi et jeudi ainsi que quatre niveaux de A1.1 à A2.2 dans le cadre européen commun de référence pour les langues. Il faut débourser cent euros en cash pour s’inscrire à ces sessions d’une heure trente hebdomadaires qui débutent en octobre et qui s’achèvent à la fin du mois de mars. Cette année, les cours sont allongés à deux heures par session pour un volume total de 34 heures de cours sur six mois. Certes, la somme est très modique mais à ce rythme, il s’agit plutôt d’une lente et douce initiation à la langue. Pour preuve, il faut quatre années pour arriver à la fin du cycle de niveau A.2.

Selon le cadre européen de référence pour les langues, une personne qui atteint le niveau A2 est décrit comme un «débutant» qui sait entre autres «comprendre des expressions fréquemment utilisées» et «décrire avec des moyens simples sa formation, son environnement immédiat et évoquer des sujets qui correspondent à des besoins immédiats». Le niveau A2 est le deuxième niveau sur six niveaux en tout, le sixième niveau étant jugé équivalent à celui d’une personne de langue maternelle.

Nous voulons promouvoir notre langue et surtout donner la chance aux personnes qui vivent ici ou qui y travaillent, d’au moins la comprendre un peu. »Viviane Daman

Autant dire qu’il convient plutôt aux personnes qui ne sont pas pressées. “Nous voulons promouvoir notre langue et surtout donner la chance aux personnes qui vivent ici ou qui y travaillent, d’au moins la comprendre un peu” justifie Viviane Daman, qui est responsable des cours de langue du syndicat d’initiative et de tourisme de la Pétange depuis 2009. C’est en 1986 que les premiers cours de luxembourgeois ont été proposés à Pétange.

Au début, il n’y avait qu’un seul niveau et aujourd’hui, preuve d’une demande grandissante, quatre sont proposés et plus de 220 personnes sont réparties chaque année dans la dizaine de classes. Mais l’objectif affiché n’est pas de faire des apprenants de parfaits bilingues.

L’apprentissage d’une langue nécessite un investissement conséquent en temps et un entretien des acquis et le profil des apprenants, des adultes qui malgré leur bonne volonté, sont rares à fournir un vrai travail régulier comme pourraient le faire des étudiants, ne favorise pas réellement un apprentissage efficace.

Ainsi le volume horaire de deux heures hebdomadaires est souvent insuffisant, d’autant plus que les gros effectifs des classes ralentissent forcément le rythme d’apprentissage. À Pétange, ils sont une petite trentaine à aller jusqu’à la fin du cylce A2 et chaque année, plus d’un tiers des inscrits ne va pas au bout de la formation.

Classes bondées et niveaux hétérogènes

Les cours donnés au lycée technique Mathias Adam détiennent l’agrément du ministère de l’éducation nationale pour l’enseignement du luxembourgeois et du français. Car dans la vaste offre de cours existants au Luxembourg, certains ont la particularité d’être conventionnés par le service de la formation des adultes du Ministère de l’éducation nationale. Comme les cours organisés par le syndicat d’initiative de la commune de Pétange, on recense à travers le pays plus de soixante localités qui ont reçu le fameux agrément du Ministère de l’éducation.

Pour conventionner des lycées, des associations à but non-lucratif ou des communes, le Ministère impose un certain nombre de contraintes comme une formation spécifique du personnel enseignant à l’Institut national des langues et un volume horaire minimal de 34 heures. Il demande aussi une transparence du programme et des compétences visées ainsi qu’une offre accessible également aux personnes en situation de handicap.

Chaque année, le Ministère publie un catalogue des formations qui sont conventionnées par ses soins. Il impose aussi un cadre précis aux apprenants, qui, pour obtenir un certificat de participation édité par le ministère lui-même, doivent avoir un taux de présence égal ou supérieur à 70%. L’atout principal des cours agrémentés dans les communes demeure son accessibilité financière. Les subventions accordées par le ministère aux asbl permet de proposer des cotisations annuelles aux prix dérisoires. Comptez entre 50 et 240 euros pour des packages allant jusqu’à 80 heures, soit en moyenne trois petits euros pour une heure de cours collectif. À ce prix, il faut tout de même consentir les sacrifices comme des classes parfois bondées et les désavantages qui sont liés à un groupe d’apprenants aux niveaux très hétérogènes.

De plus, les formations proposées sont en très grande majorité limitées aux premiers niveaux. Ainsi, les apprenants désireux de poursuivre leur apprentissage doivent bien chercher pour trouver des cours au-delà du niveau A2. Seulement une dizaine de structures du catalogue de formations du Ministère proposent des cours allant jusqu’au niveau B2, celui qui devrait selon les critères du cadre européen commun de référence pour les langues permettre de tenir des conversations sur différents sujets avec aisance et spontanéité.

L’INL, un centre de langues à l’échelle nationale

En dehors des cours de langues proposés dans les communes, l’Institut national des langues, organe public placé sous l’autorité du Ministère de l’éducation nationale, est l’acteur majeur de l’enseignement des langues au Luxembourg. Créé en 1991 sous la dénomination de Centre de langues Luxembourg, la structure propose des cours pour huit langues et revendiquait pour l’année 2016 plus de 13 000 apprenants dont près de 3500 pour le lëtzebuergesch (27% des inscrits). En 2018, ils étaient plus de 4700 dans près de 250 classes de luxembourgeois.

Les apprenants sont répartis dans des groupes en fonction de leurs niveaux, évalués par des tests de placements écrits et des entretiens oraux avec les enseignants. Les sessions de cours durent une heure quarante et l’INL dispose de trois sites : Luxembourg-Glacis, l’Université de Belval et Mersch.

L’Institut national des langues, en plus de pratiquer des prix presque aussi compétitifs que ceux des communes, revêt un caractère officiel puisqu’il accueille le centre national de certification pour les diplômes et certificats réglementés de la langue luxembourgeoise (Lëtzebuergesch als Friemsprooch, Zertifikat Lëtzebuerger Sprooch a Kultur et le fameux Sproochentest Lëtzebuergesch qui donne accès à la nationalité luexmbourgeoise). L’INL est le seul institut à proposer des cours de niveau C1.

Les prestataires privés: des cibles et des tarifs différents

Enfin, ce qu’il est légitime de considérer comme la troisième gamme d’offres de cours est incarnée par les prestataires privés, les écoles de langues ou plateformes de cours particuliers qui proposent eux-aussi des cours de luxembourgeois. L’offre est souvent plus diversifiée et nettement plus onéreuse. Ces prestataires peuvent également recevoir un agrément du Ministère de l’éducation nationale, qui en répertorie une trentaine dont certains noms bien connus du marché européen comme Berlitz, ou d’autres produits purement locaux comme StudyFox ou Cours@Home.

Une vingtaine de ces organismes offre des cours de luxembourgeois, en petits groupes, en sessions individuelles, en e-learning ou même par téléphone. La plupart revendique un savoir-faire et une méthode qui a fait ses preuves, mais il est honnêtement difficile de le vérifier sans l’avoir soi-même expérimenté.

Les préparations au test de langue pour la nationalité et pour l’admission au Barreau de Luxembourg sont aussi mises en avant. Dans les cours de langue générale, les quatre compétences visées sont les compréhensions orale et écrite et les expressions orale et écrite. Enfin, les prestataires privés offrent un suivi plus personnalisé, un feedback régulier, des évaluations et un travail en effectif très réduit qui garantit souvent des résultats plus efficaces. L’accès au niveau suivant n’est plus uniquement soumis à la présence en cours mais aussi à la réussite des examens de validation des acquis dans les quatre compétences citées plus haut. Comptez un an pour passer un niveau, à condition d’obtenir les résultats suffisants.

Certains se trouvent même une cible de niche en se spécialisant, comme c’est le cas du Sophia Institute, qui propose de développer les compétences orales des apprenants exerçant dans le domaine des soins aux personnes où il y a une vraie demande. “J’en ai besoin tous les jours car beaucoup de patients ne parlent qu’en luxembourgeois” affirme Kassy, infirmière française qui avoue avoir été influencée par sa hiérarchie.

C’est donc une offre variée et ciblée qui est proposée par les entreprises privées, mais les tarifs pratiqués sont également à prendre en compte. Pour un bloc horaire d’une vingtaine d’heures, les prix peuvent osciller entre 650 et plus de 1000 euros selon les prestataires et la nature du cours (collectif ou individuel). A chaque cours son prix.