Soupçonnée de fraude fiscale, la fiduciaire «Fiduphar», spécialisée dans la comptabilité des pharmacies, a négocié un accord avec le parquet. L’enquête pénale a échoué à faire la preuve d’une complicité de fraude systémique dans la vente des médicaments.

L’enquête de grande envergure pour débusquer la fraude fiscale dans le secteur pharmaceutique a accouché d’une souris. Soupçonnée d’avoir été un des protagonistes d’un système de ventes au noir de médicaments, la fiduciaire «Fiduphar» a été partiellement blanchie. La société a été condamnée le 8 mars dernier à 20.000 euros d’amende.

Cette peine presque symbolique sanctionne uniquement la propre fraude fiscale de la société spécialisée dans la comptabilité des pharmacies. Les autres préventions qui pesaient sur l’entreprise, dont celles d’avoir été auteur ou co-auteur de la fraude fiscale aggravée commise par de nombreux pharmaciens, ont été abandonnées aux termes d’un accord de «plaider-coupable» avec le procureur d’Etat. Ce jugement met un point final à une affaire judiciaire qui n’a pour autant pas livré tous ses secrets.

L’ex-gérant et co-fondateur de la fiduciaire, qui fut aussi directeur financier du «Comptoir Pharmaceutique Luxembourgeois» (CPL), est décédé prématurément en 2021, après que le fisc eut mis en lumière tout un système frauduleux dans le secteur pharmaceutique. L’homme était volontiers présenté comme le seul instigateur des pratiques abusives.

Une responsabilité contestée

Les contrôles de l’Administration des contributions directes ont montré que les pharmacies visées par des redressements fiscaux s’approvisionnaient en médicaments auprès de CPL et que leur comptabilité était tenue par Fiduphar. Les agents du fisc suspectaient la fiduciaire et ses dirigeants d’avoir été les maîtres d’œuvre des pratiques commerciales illégales à l’échelle de tout un secteur économique. L’enquête judiciaire n’a pas permis de documenter les soupçons de fraude organisée.

Fiduphar s’est développée dans le sillage du grossiste de médicaments CPL. Les liens entre les deux entités ont été étroits: adresses identiques dans la zone industrielle à Foetz, administrateurs et dirigeants communs jusqu’au rachat du grossiste par la coopérative pharmaceutique allemande «Noweda».

Fiduphar ne leur avait pas proposé des méthodes pour réduire les impôts. Ils (ne lui) ont pas demandé à modifier la comptabilité dans le but de réduire l’imposition. »Jugement du 8 mars 2024

Henri Grethen, ancien ministre DP de l’Economie, est l’un des fondateurs de la fiduciaire en 2005, un an après que les libéraux furent renvoyés dans l’opposition. Henri Grethen a aussi longtemps été actionnaire et administrateur de CPL. Il a dû céder à son épouse notaire, Blanche Moutrier, son mandat au conseil d’administration en 1999 lorsqu’il est rentré au gouvernement de coalition entre le CSV et le DP.

Antoine Seck, longtemps directeur général de CPL, a fait partie de l’équipée Fiduphar et a contribué à en faire un des leaders de la comptabilité des officines luxembourgeoises, jusqu’à ce que le scandale éclate. Le dirigeant a toutefois nié avoir eu des fonctions opérationnelles dans la fiduciaire …