Depuis deux ans, nous suivons comment le Covid-19 a fait irruption dans le quartier de Gasperich à Luxembourg, puis comment les habitants s’y sont adaptés. À l’heure de la levée des restrictions sanitaires, la guerre en Ukraine a renvoyé la pandémie au second plan.

Pour prendre le pouls du quartier de Gasperich, il faut pousser la porte du café «Brasserie Millewee», au numéro 144 de la rue du même nom. L’ambiance autour des tables encadrées de banquettes ou de chaises y est chaleureuse. On se rencontre entre habitués mais les nouveaux venus sont toujours les bienvenus. «Comme ces deux Finlandais, qui ont débarqué un jour et maintenant discutent avec tout le monde», raconte Liette, une dynamique retraitée, pilier de l’institution. «C’est vraiment le meilleur café du quartier», renchérit sa copine Lucie, quelques années de moins au compteur et le rire toujours en embuscade. «Dès la réouverture, on était là!»

À Gasperich, deux des quatre cafés traditionnels ont fermé leurs portes depuis le début de la pandémie. Le patron du «Millewee», Jinar Dacian, un Roumain arrivé au Luxembourg en 2004, ne ménage pas ses efforts pour maintenir à flot cet établissement qu’il a repris et rénové en 2019. Six personnes le font tourner six jours sur sept, de 10 heures du matin à minuit. «Il y a des jours où on pourrait fermer après 20 heures, faute de clients. Mais c’est mon devoir de rester ouvert». Qui sait si une âme seule ne viendra pas échouer là son spleen nocturne.

La pandémie a valu au quadragénaire de longs mois de fermeture, sans compter l’introduction du régime 3G, 2G puis 2G+ qui a fait fuir une partie de la clientèle. Les personnes âgées viennent moins: «Ils étaient toute une bande de vieux copains. Cinq sont morts du Covid. Je ne revois pratiquement plus les autres», dit-il. Les menus du jour avec plat et dessert à 13,5 euros fonctionnent bien le midi. «Mais pour l’apéro du soir, c’est 50% de chiffre d’affaires en moins».

Offensive sur le pouvoir d’achat

Pendant la pandémie, les métaphores guerrières ont été largement utilisées pour mettre la population en ordre de bataille contre le virus, sur fond d’état d’urgence. On pensait avoir vécu le pire. Deux ans plus tard et contre toute attente, une véritable guerre, dans toute sa barbarie, s’est invitée aux discussions du comptoir. «C’est le sujet du moment, plus que le Covid», dit Liette, «mais on essaie de pas trop en parler. Quand on vient ici, c’est pour débrancher!»

C’est le nouveau sujet qui a remplacé le Covid. C’est l’angoisse. Surtout pour les personnes âgées qui ont connu la guerre. »Roméo Scanzano, coiffeur

L’offensive russe en Ukraine le 24 février a attisé la flambée des prix. «Regardez!», dit Jinar Dacian en montrant son smartphone, «je reçois au minimum six mails par jour de la Provençale. L’entrecôte est à 21,50 euros le kilo le dimanche, 26,50 euros le lundi et à 28,95 euros le mardi». Pas question pour l’instant de répercuter la hausse sur le menu ou les boissons, maintenant que la clientèle commence à revenir. «J’espère tenir le temps que ça dure. Mais on a déjà perdu assez avec le Covid. Donc il y a un moment où je devrai prendre des décisions si je n’arrive pas à l’équilibre …