Déclaré «indigne» de sa fonction, un diplomate a été lourdement sanctionné sur le plan disciplinaire. L’ancien ambassadeur auprès de l’ONU à Genève a fait de fausses déclarations pour toucher plus d’indemnités. Les juges administratifs ont relativisé la gravité des accusations.

Lorsqu’il a quitté ses fonctions «d’envoyé extraordinaire et ministre plénipotentiaire» en avril 2021, l’arrêté grand-ducal actant sa démission fut assorti d’une réserve. Ainsi, son départ du ministère des Affaires étrangères n’effaçait-il pas d’un trait de plume l’instruction disciplinaire qui visait Pierre-Louis Lorenz depuis deux ans. Le texte de l’arrêté n’a pas été publié, aucune information n’a filtré pendant l’enquête administrative qui s’est achevée en juin 2021 par une rétrogradation (passant du grade 18 au grade 17 échelon 10) et une pénalité d’une mensualité de traitement, soit environ 10.000 euros.

Après 40 ans au service, l’ambassadeur s’est vu refuser la distinction honorifique de «Grand officier de l’ordre de la Couronne de chêne», qui couronne en principe une carrière dans la haute diplomatie. Il a été accusé, entre autres, d’enrichissement personnel lorsqu’il était en poste à La Haye puis à Genève, notamment auprès de l’Office des Nations unies. L’affaire est inédite dans les annales de la diplomatie luxembourgeoise.

Suppléments et dépenses privées

Le 8 juin 2021, le couperet du conseil de discipline tombe. Le rapport du commissaire du gouvernement adjoint détaille les griefs sur une vingtaine de pages. Les reproches s’appuient en partie sur les recherches effectuées par la direction des finances et des ressources humaines du ministère des Affaires étrangères. Un de ses représentants se rend sur place, aux Pays-Bas et en Suisse, pour recueillir les témoignages du personnel de ces représentations. En parallèle, le contrôle financier du ministère des Finances ouvre une enquête.

Pierre-Louis Lorenz, (…) se serait, tant par cet enrichissement personnel (…), qu’ensuite par l’attitude adoptée au cours de l’instruction disciplinaire, montré particulièrement indigne de sa fonction. »Rapport d’enquête disciplinaire

Le 26 juillet 2019, le ministre Jean Asselborn (LSAP) saisit le Commissariat du Gouvernement chargé de l’instruction disciplinaire. Les griefs à l’encontre de l’ambassadeur, alors encore en poste à Genève, portent sur deux volets: d’une part, une fausse déclaration sur la présence permanente de son épouse dans les représentations diplomatiques, ce qui lui a fait bénéficier d’un supplément de rémunération, d’autre part avoir fait passer des dépenses privées sur le budget de la mission diplomatique …