La Banque centrale du Luxembourg tient une place à part dans l’écosystème institutionnel. L’établissement public a ses propres codes pour régir sa gouvernance de ses ressources humaines et ses affaires de harcèlement moral. Cinq cas abusifs sont sur les radars.

Gaston Reinesch, 64 ans, dirige la Banque centrale du Luxembourg (BCL) depuis presque dix ans, sans fausse note apparente. Il donne l’image d’un gestionnaire tranquille et consensuel qui tranche avec les méthodes de management musclées de son prédécesseur. Avant de partir pour le directoire de la BCE à Francfort en 2013, Yves Mersch avait réussi l’exploit de licencier un des délégués du syndicat maison, l’A-BCL, se mettre à dos le Bureau international du travail et se brouiller avec le Premier ministre de l’époque, Jean-Claude Juncker (CSV).

Malgré tout le soin qu’il déploie à contrôler les moindres rouages de l’institution, Gaston Reinesch peine toutefois à masquer le lourd climat social qui habite la BCL et le malaise qui pèse sur une partie de son personnel, les moins gradés pour la plupart. Peu d’informations transparaissent dans le public. La représentation du personnel, regroupé dans l’A-BCL, est tenue au silence absolu – sous peine de licenciement pour faute grave – sur ce qui se passe derrière les murs d’un établissement public qui a ses propres règles de conduite et une grille de rémunération différente – plus avantageuse – de celle de la fonction publique.

Le contrôle parlementaire se réduit à sa plus simple expression: une présentation du rapport annuel de la banque portant le visa d’un réviseur d’entreprise. La Cour des comptes, à son insu, n’a aucun pouvoir sur les dépenses et le fonctionnement d’une institution qui revendique haut et fort son indépendance. La CGFP, le puissant syndicat de la fonction publique, a, elle aussi, peu de prise sur la BCL, sinon celle de financer les frais d’avocats des rares agents qui osent mettre en cause des décisions de la hiérarchie.

Omerta générale

La gestion des ressources humaines tient sur moins d’une page du rapport annuel 2020 qui en fait 150. Ce qui semble indiquer que cette question n’est pas la priorité numéro 1 de la maison du boulevard Royal. «La banque compte près de 500 personnes et il y a évidemment des litiges entre personnes. Certains de ces litiges peuvent sans doute être considérés comme du harcèlement moral. Des dossiers sont en cours, défendus par la CGFP», explique à Reporter.lu une source proche du dossier. Les confidences ne vont pas plus loin.

Cinq cas de harcèlement moral sont actuellement sur les radars, selon les informations de Reporter.lu. Ce ne sont que les cas signalés. Par crainte de représailles et de coupage de têtes, rares sont les employés assez téméraires pour risquer de dénoncer des faits litigieux. L’omerta est d’ailleurs générale et touche toutes les entreprises et organisations, publiques et privées au Luxembourg.

Tu es invité à poursuivre ton travail à distance, c.-à-d. sans présence physique sur les sites de la BCL et ceci avec effet immédiat. Il t’est dès lors demandé (…) de ne plus revenir sur site, à moins d’en être dûment autorisé au préalable. »Chef de service à un agent de la BCL

A la faveur de rares recours d’employés de la BCL devant les juridictions administratives, des histoires échappent toutefois à la chape de plomb et lèvent le voile sur la gestion des ressources humaines pas toujours heureuse …