Pim Knaff semble survivre politiquement à sa condamnation pour fraude fiscale. L’échevin du DP de la ville d’Esch tente de séparer l’homme politique de l’avocat délinquant. La lecture de son jugement montre toutefois que sa défense est peu plausible.

La condamnation pénale de Pim Knaff pour fraude fiscale aggravée relève aux yeux de l’échevin eschois DP d’une affaire privée dont il refuse de tirer la moindre conséquence politique. Ses explications depuis les révélations de Reporter.lu sur son amende de 9.500 euros pour avoir dissimulé au fisc quelque 100.000 euros de revenus, sont pour le moins discutables.

L’homme politique libéral jette lui aussi une ombre sur la pertinence des poursuites engagées à son encontre par le Parquet qui résulteraient d’une «erreur dans la comptabilité de (son) étude d’avocat». Il s’en est toutefois excusé, sans pour autant reconnaître la gravité des infractions, qui auraient pu lui valoir trois ans de prison, ni ses intentions d’avoir voulu tricher. Comme si la fraude fiscale était une bagatelle qui ne vaudrait pas les répercussions médiatiques et politiques que son affaire a pris, et qui justifierait encore moins l’abandon de son mandat politique.

Le parti DP lui a donné l’absolution. Ses deux partenaires de la coalition à Esch, le CSV et les Verts, n’ont pas voulu le lâcher. Pour autant, la ligne de défense de l’échevin, qui dément dans un communiqué ses «intentions de cacher ou d’éluder le montant de ses honoraires», suscite l’indignation de l’opposition, du LSAP à l’ADR en passant par Déi Lénk.

Mauvaise foi et suffisance

Sur le plan disciplinaire, Pim Knaff s’en sort avec une simple réprimande du bâtonnier de l’ordre des avocats, Pit Reckinger. Ce dernier doit d’ailleurs être une des rares personnes à qui il a avoué sa condamnation avant sa médiatisation. Le libéral n’a en effet averti le bourgmestre d’Esch Christian Weis que quelques heures avant la parution de l’article de Reporter.lu le 30 mai, après que la rédaction avait sollicité de sa part une prise de position.

Pim Knaff a été invité à déposer une déclaration et il ne l’a pas fait. Il aurait pu stopper l’affaire en payant la TVA impayée et le dossier n’aurait pas été continué au Parquet. »Un fonctionnaire proche du dossier

La procédure disciplinaire du barreau a été vite expédiée. Son jugement correctionnel (jugement sur accord où il a reconnu la fraude fiscale aggravée) a été rendu le 18 avril 2024. L’avertissement du bâtonnier à son encontre date du 10 mai, selon le communiqué de Pim Knaff. La sentence n’est pas publique et la communication du barreau se fait discrète. Selon les informations de Reporter.lu, le bâtonnier a tranché seul, sans convoquer le conseil de l’ordre, ni saisir le conseil administratif et disciplinaire. Le Barreau considère généralement que les condamnations pour fraude fiscale ne valent pas plus qu’un avertissement, sanction minimale pour un avocat ayant manqué à l’éthique de la profession.

Toutes les planètes étaient pourtant favorablement alignées pour éteindre l’incendie, avant même que l’affaire Knaff n’éclate. Selon les informations de Reporter.lu, la mauvaise foi de l’intéressé et la suffisance qu’il a affichée vis-à-vis des agents du fisc lors du contrôle du service anti-fraude de l’Administration de l’enregistrement, des domaines et de la TVA (AED) entre 2020 et l’automne 2022 ont contribué à ses déboires judiciaires …