Largement en tête des sondages, le Rassemblement National catalyse la campagne des européennes en France, tirant profit de l’impopularité du président de la République et d’un climat social tendu. Les autres partis peinent à trouver prise sur l’extrême droite.

Par Dominique Albertini (Libération)*

Le Rassemblement National? Un parti hors de «l’arc républicain», a jugé le président français Emmanuel Macron; le cheval de Troie des intérêts russes dans l’Hexagone, a renchéri le Premier ministre Gabriel Attal; la promesse, en matière économique, d’un «nouveau marxisme», a osé le ministre de l’Economie Bruno Le Maire. À trois mois des élections européennes, le camp présidentiel redouble d’attaque contre le parti d’extrême droite. Ce dernier, son principal concurrent électoral depuis 2017, est systématiquement donné favori dans les enquêtes d’opinion, avec une large avance sur la liste macroniste Renaissance.

En 2019, les deux blocs avaient fini au coude-à-coude, avec le même nombre d’élus au Parlement européen. Cinq ans plus tard, le récit d’une inéluctable victoire du parti de Marine Le Pen est si ancré dans les esprits que, pour beaucoup d’observateurs, le principal enjeu est la mesure exacte de son avance sur les autres formations. Le pronostic s’appuie sur l’impopularité d’Emmanuel Macron, les débuts réussis du nouveau président du Rassemblement National (RN), Jordan Bardella, qui est aussi la tête de liste du parti, les divisions de la gauche, et un climat social difficile, marqué notamment par la baisse du pouvoir d’achat …